Un été avec Baudelaire ; Antoine Compagnon

Un été avec Baudelaire

Un été avec Baudelaire

Antoine Compagnon

Équateurs Parallèles – France Inter

170 pages

« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel qu’importe?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !
 »

__Ce distique du Voyage, derniers mots des Fleurs du mal, est présent dans mon « Essai ». Ces vers me suivent partout, ou disons, très souvent. Vous connaissez, maintenant, mon amour pour Baudelaire et le choix difficile qu’il m’a été de prendre pour trouver un seul poème à vous donner pour cet article-ci. Aujourd’hui, et entre deux lectures, je vous propose cet été en sa compagnie ; émission à l’origine diffusée l’été 2014 sur France Inter par Antoine Compagnon – que je n’ai jamais écouté – my bad ! 

« Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons! Je vous aime et vous loue
»

Dans ce texte, l’auteur aborde à travers des petits chapitres autant l’Oeuvre (ce qu’elle dit, ce qu’elle cache), que l’homme (son caractère, sa vie, ses relations…), et croyez-moi, ça peut être assez périlleux. En effet, l’oeuvre, je commence plus ou moins à la maîtriser (même si, est-ce définitivement possible?), mais l’homme, il me restait flou, absolument flou. C’est pour cette raison que je me suis lancée dans cette lecture, qui me paraissait brève, et l’espérais complète, dans le but unique de mieux cerner, de mieux comprendre, ce poète de la  mélancolie.

«  Parce que la mer offre à la fois l’idée de l’immensité et du mouvement. Six ou sept lieues représentent pour l’homme le rayon de l’infini. Voilà un infini diminutif. Qu’importe s’il suffit à suggérer l’idée de l’infini total? . »

Antoine Compagnon, cherche, dans cet ouvrage « Sans souci de tout dire, sinon à faire aimer un homme qui ne le demandait pas, du moins, à reconduire le plus grand nombre dans les librairies afin qu’ils retrouvent le chemin des Fleurs du Mal et du Spleen de Paris». Je ne suis, à première vue, pas le public puisque le chemin de sa plume je le retrouve aisément, mais il me semble que pour les autres, il est parfait. Voilà qui est dit.
Comme je le précisais plus haut, le livre est assez court et pourtant très complet. L’auteur nous raconte aussi bien le malentendu perpétuel entre Baudelaire et sa mère, que son rejet pour le progrès, ses rapports compliqués avec Hugo – avec qui il entretenait une hypocrisie magnifique -, avec Manet, ou encore son admiration presque absolue pour Delacroix. Dans ces quelques pages nous découvrons Baudelaire et la peinture. Baudelaire et Paris; ville qu’il hait mais qu’il aime au point de ne jamais vraiment la quitter. Baudelaire et ses paradoxes, si nombreux, vraiment nombreux. Sans oublier, Baudelaire et son cynisme, son pessimisme, sa violence. Sa violence face au monde littéraire, bien sûr, mais aussi ses abominables pensées envers les femmes – sa misogynie qu’on (re)doute, ou sa morale désagréable. Puisqu’il faisait tout pour déplaire. Vraiment tout.
J’y ai découvert cet être trouble, et double, comme je le suis, comme vous l’êtes (double, j’entends), et j’ai parfois été ému. Émue par ces lettres envoyées à sa mère. Émue par son crépuscule, par ses regrets, par son automne, par sa mélancolie. L’auteur conclue à la fin du livre « Tout est partagé en Baudelaire, qui reste inclassable, irréductible à tout simplification. Respectons ses contradictions. » Oui, respectons-les. Je crois avoir trouvé des réponses, mais beaucoup d’autres resteront en suspens. Des paradoxes sans réponse resteront, et c’est peut-être mieux ainsi. Voici pour l’homme, mais il y a aussi l’oeuvre. L’un se confondant avec l’autre. Le procès des Fleurs du Mal pour cause son Réalisme. Le plus mélodieux des poèmes ; Harmonie du soir en tête, en toute subjectivité. La question du Classique, puisque étudié. On y trouve Baudelaire et la mer, ses voyages, si peu de voyages dans le fond. Baudelaire et sa vie de bohème, ses dettes, ses vices, son dandysme, son spleen. Baudelaire et son obsession du travail, alors qu’il est hanté par la procrastination, accablé, voire même frustré… Baudelaire et l’amour, puisqu’il est aussi le Poète de l’Amour, malgré les soupçons de misogynie, il a écrit de très beaux mots aux femmes. Puis, il y a aussi la question du génie et de la bêtise qu’il pose, qui interroge, qui fait sourire – me fait sourire. « Hugo, aux yeux de Baudelaire, prouvait la proximité du génie et de la bêtise. Baudelaire savait bien que lui-même manquait de cette dose de bêtise indispensable à la facilité de la création, parce qu’elle permet d’oublier, de se surveiller, de se critiquer, de se censurer. »p.62  Baudelaire, où l’origine du fantasme de la femme passante. Baudelaire révolutionnaire malgré lui dans son art, comme d’autres. Baudelaire et la question du Beau, ce Beau qu’on cherche, ce Beau qu’on essaie d’atteindre « Parce que le Beau est toujours étonnant, il serait absurde de supposer que ce qui est étonnant est toujours beau ». Puis forcément, la différence flagrante entre ce qu’a été sa vie, et ce qu’est sa réussite posthume. Voilà ce que vous trouverez dans ces 170 pages. Je ne veux pas trop en dire pour vous laisser le plaisir de découvrir par vous-même ce qu’a été Baudelaire, mais je crois, finalement, avoir tout dit ou presque ! Voilà un sujet qui me passionne, puisque je n’ai que très peu de réponses. 

Pour l’auteur, Charles Baudelaire est un homme blessé et amer, un fou génial, un agitateur d’insomnies. Oui, il est tout ça. C’est un fou magnifique, L’hymne à la nuit, un homme avec des failles, des peurs, des angoisses, des vertiges, des mystères, et c’est ce qui le rend Beau, et son oeuvre immense.
D’ailleurs, « si le bizarre n’est pas toujours beau, le beau est toujours triste ». Le beau est éperdument mélancolique, éperdument mélancolique ! 

« J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. »
Comme Antoine Compagnon, le deuxième Spleen des Fleurs du Mal est probablement un des premiers poèmes qui m’a le plus touché, cette phrase surtout. Elle dit tellement de choses… tellement ! 

Vous l’aurez compris, je suis satisfaite de ce petit livre, et je le conseille fortement à ceux qui veulent un peu mieux comprendre, étudier, ou s’éclairer dans ce brouillard Baudelairien. Un peu.

★★★★★

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  1. J’avoue ne pas connaître grand chose de l’homme et ne m’être que peu penchée sur son œuvre… j’ai honte! ^^
    Mais ce livre pourrait m’intéresser pour l’aspect humain des choses.

    1. Oh, il n’y a aucune honte a avoir,on ne peut pas se pencher sur tous les auteurs, poètes, etc 🙂
      Oui, il est court mais très complet. Même si bien sûr, on peut trouver bien plus complet, évidemment.

  2. Merci ! Très joli billet pour entamer le joli mois de mai 😉 Beaudelaire, que j’ai aimé lire mais qu’un professeur de français de 1ère avait pas mal écorché ! Il va falloir que je fouille chez ma mère pour retrouver ses poèmes !

  3. J’ai tellement étudié Baudelaire quand j’étais en prépa que je préfère désormais le savourer dans ses rimes, et puis c’est tout. C’était à coup sûr une lecture pour toi ça, copine ! Bisous <3

    1. Je comprends que trop bien ! Par chance, je ne l’étudie que par autodidaxie. Après, comme tu le dis, le principal reste de savourer ses rimes. C’est tout ce qui compte.
      Des bisous copinette !

  4. Aaah, Baudelaire… je ne sais pas si je lirai le livre, je suis un peu comme Mélu, je préfère lire les poèmes originaux (en vrac, en ouvrant des pages au pif dans divers recueils, faut dire ce qui est).

    N’empêche que ta photo et ton article me font toujours autant rêver. Tu pourrais écrire sur du PQ et des sacs poubelles que je continuerais à te lire.
    Bisous cocotte, et joyeux lundi !

    1. Je comprends entièrement ! Je crois même qu’il n’est pas nécessaire de vouloir tout comprendre ou tout savoir… mais j’ai une tendance quelque peu obsessionnel quand je m’y mets 😀

      Aha, t’es trop marrante ! Et suis surtout très flattée. Après, tu connais la réciprocité, oh que oui, tu la connais 😉

      Bisous petit lutin, et rendez-vous très vite – je te réponds tout à l’heure (au mail).

  5. Waw, what a review !
    C’était passionnant et j’ai vraiment envie de lire ce roman, d’autant plus qu’il est assez court ( gros problème de temps en ce moment). Baudelaire est une personne qui m’intrigue car, comme tu le soulignes, il est assez mystérieux et surtout double. Rencontrer cet homme à travers ces pages m’intéresse grandement !

    Ps : Je viens de lire MacBeth et j’ai beaucoup aimé, hormis le style auquel je n’arrive pas à accrocher. Les thèmes sont profonds tout comme les personnages, la mise en scène très innovante pour l’époque. J’ai tout aimé sauf les longs monologues qui sonnaient selon moi, artificiels ( pardon). Je me hâte décrire une chronique descente, d’autant plus que j’ai lu ensuite Ubu Roi qui en est une réécriture burlesque assez plaisante !
    Enfin bref, merci de m’avoir encouragée à lire Shakespeare,et il faudrait que je regarde en replay LGL sur le thème !
    Bises 🙂

    1. Oui, il est court et le format est tout petit. Je crois qu’il pourrait te plaire si tu souhaites t’éclairer un peu sur le sujet C.Baudelaire.

      Ps : je suis contente que tu aies lu Macbeth, je comprends pour les monologues qui paraissent artificiels, mais il faut noter les siècles qui nous séparent. Je pense que ça joue un petit peu ! Comment ça je cherche une excuse? 😀 En tout cas, je suis la plus heureuse du monde si j’arrive à faire lire du Shakespeare ! Hamlet, ne devrait pas tarder sur le blog 😉
      Quoi qu’il en soit il me tarde de lire cette chronique – qu’importe quand elle arrivera. Par contre, je n’ai pas lu Ubu Roi, je ne connais même pas (inculture du jour bonjour) donc, j’attends ça avec impatience !
      Moi aussi j’ai du retard sur les replay, beaucoup, beaucoup de retard !!!
      Plein de bisous mlle Eden.

  6. Il faut vraiment que je me procure ce livre et que je m’y plonge. Le pire, c’est que lorsque je travaillais encore en librairie, je le voyais tous les jours ! Honte à moi…

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