Tandis que je me dénude ; Jessica L. Nelson

Tandis quej e me dénude Belfond_______________________________

Tandis que je me dénude

Jessica L. Nelson

Belfond

Roman

238 pages

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« Et si en revêtant un masque on en disait plus sur soi, parce que, enfin on se sent libre? »
Elle ne se dénude pas vraiment. Elle garde tous ses vêtements. Et pourtant, devant les caméras, cet auteur d’un premier roman aura l’impression d’être à découvert. Que tous – les invités du plateau, l’animateur, les téléspectateurs, le public ou encore son attachée de presse dans les coulisses – auront exploré la moindre parcelle de son corps et de son intimité, sans bienveillance aucune… Alors elle se fissure de l’intérieur, en direct. Et, tandis qu’elle s’effondre et se débat contre elle-même, consciente qu’elle est sans doute son pire ennemie, c’est son histoire qui se construit en redoutable puzzle à mesure que se déconstruit son être. 

Mon avis

« Que les apparences soient belles car on ne juge que par elle. »
Roger de Rabutin, compte de Bussy, dit Bussy-Rabutin

Angelica Rivière revient de vacances. Cette jeune femme, professeur de français à Paris, vient de publier son premier roman dans une maison d’édition très importante. Elle a tout pour être fière et être en adéquation avec qui elle est, sauf que Angélica revient de vacances angoissée et stressée suite à l’invitation d’une émission de télévision – invitation package – dans le but de présenter ce fameux roman « Bébés de brume ». Le package qu’est-ce que c’est? « C’est très simple, m’avait-on expliqué. On leur donne le Best-Seller en exclu s’ils te prennent. C’est un package. » page 46 (phrase qui n’en finissait plus!)
L‘auteur nous construit un roman très bien pensé. Nous avons des chapitres exposant divers regards; celui du chroniqueur, d’une fille dans le public, d’un vieil acteur, ou encore celui d’un député ambitieux. Roman choral, donc, nous vivons la même situation (celle du plateau télé) avec des personnes différentes que tout oppose, ou presque, ayant une vie, un passé, un caractère, une ambition, et des attentes différentes – mais certaines similarités aussi, bien sûr. Nous avons ces chapitres là, oui, mais aussi notre personnage principal et son roman comme fil conducteur, ou fil rouge si vous préférez. Ces pages qui reviennent sur son histoire, son passé, avec ses proches, son enfance, son adolescence, tentant de nous faire comprendre qui elle est, et surtout pourquoi elle est devenue ainsi ; si sombre, si angoissée, parfois distante, et sans aucune confiance en elle. Nous passons de l’un à l’autre, et ce, très facilement.

« Parler de ce qu’on aime, partager des passions avec un public, oui, c’est agréable. Avec le recul, j’aurais préféré rédiger des articles. Pas de problème d’image. Moins d’exposition. »
p194


L‘auteur a une manière d’écrire très concise. Des phrases courtes, efficaces. Tout est rapide. C’est une manière d’écrire que j’aime beaucoup, et qui, du coup, a très bien fonctionné sur moi. Pour ma part, je ne me suis pas attachée à qui que soit dans ce livre, mais en aucun cas je crois qu’il en était nécessaire. C’est un roman riche, cocktail de milles choses : il y a une histoire, celle de Angélica avec laquelle l’auteur nous saisie – nous donnant ici et là des petites phrases sur un fameux secret ou « incident ». Poussant à la curiosité, et la possible solution sur le pourquoi elle est comme elle est. Puis, ce portrait d’hommes et de femmes vis à vis de l’image et de l’apparence – sorte de toile abordant mille (encore) et un thèmes, reflet de notre possible société. Il est donc assez difficile d’en parler en deux phrases, et c’est vrai, aussi, que cette chronique me pose quelques problèmes de construction.
(vous l’avez remarqué, n’est-ce pas?)
Ce roman pose diverses questions dont celle du regard de l’autre – sur internet, évidemment –  mais principalement le regard que l’on porte sur soi, et de notre identité. « Tu te trompes d’ennemi. Ton ennemi, c’est toi. Ou moi. » L’ombre. Les discussions entre ce Moi et Moi. Nos doutes. Nos peurs. Nos névroses. Qui nous sommes via notre passé – quel qu’il soit, comment il nous construit, ou nous détruit. Comment on s’en sort, ou s’en détache. Comment on gère la souffrance, ou non. Comment il est facile pour certain de se dévoiler, ou au contraire, pour d’autre la difficulté de le faire. L’image. L’apparence. L’illusion, le paraître, le masque.Tout ce qu’on affiche aujourd’hui, ou ce qu’on refuse de donner. Tout ce que nous sommes ou paraissons être. À travers ces écrans ou nos rencontres. C’est un livre riche, je vous le disais. Livre surtout synonyme de mise à nu. Ça, c’est certain. 

« Philippe et Nina. Élodie et Nicolas. Ma Léa. Les grands-tantes. Tous me jugent zen parce que je suis très calme. Qui a dit que calme est synonyme de sérénité? Ce masque me permet d’affronter les bouleversements sans m’effondrer. »
p. 163


Vous l’avez plus ou moins compris, c’est un roman que j’ai beaucoup aimé même si je regrette deux-trois petites choses. La première, j’aurais aimé davantage, même si je comprends le principe de ce laps de temps passé lors de cette émission, j’aurais aimé que l’histoire continue pour en savoir plus, bien plus… comme sur la relation entre Angelica et son « jeune amoureux plus si jeune ». J’aurais aimé que chaque personnage soit approfondi, puisque l’auteur nous donne des bribes d’informations mais pas suffisamment… un roman de 400 pages? Pas loin! J’aurais aussi aimé, sur la forme, que chaque personnage qui se raconte utilise un ton différent – que chaque personne ait sa propre manière de parler, de dire, de raconter… pour un peu plus de relief. Oui, il y a ces petits bémols, mais qui, dans le fond, n’en sont pas vraiment. Il s’agit juste de mon idée « parfaite » du livre – je chipote toujours.


Dans tous les cas ce roman aura été un coup de poing dans ma figure (maquillée), à travers des sujets qui sont obligatoirement intéressants puisque très actuels. Je ne peux que conseiller cette lecture, vous ne pouvez qu’être surpris, et passer par d’innombrable sentiments.


★★★★
15/20

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  1. Sceptique au départ, conquise à la fin ! Cette polyphonie me plait, ce personnage m’intrigue, dommage pour la non différence de styles. Oh, ne t’en fais pas, cette chronique est très bien ! Ce roman est peut être un cocktail de plusieurs thèmes, en tout cas, je bois tes mots !

    1. Merci pour ce commentaire. Je me devais de ne pas dire certaines choses, et donc j’ai toujours ce problème pour doser, entre le trop et le pas assez… au bout d’un an de blog, je devrais quand même réussir au bout d’un moment!
      Quoi qu’il en soit, ton commentaire résume aussi très bien ma lecture. « Sceptique au départ, conquise à la fin! »
      Merci encore.

  2. « Que les apparences soient belles car on ne juge que par elles » : une citation de mon adolescence ça !!! Je l’avais oubliée, merci à toi de me l’avoir rappelée 🙂 Ca semble être un roman à lire quand on aime lire… une espèce de bêta expérience ! Tu me donnes envie de le découvrir en tout cas 😉 well done partner !

    1. De ton adolescence? Merci à l’auteur de nous la donner 😀
      C’est totalement ça, j’étais sceptique au départ puis on se laisse embarquer dans l’histoire, et la construction.
      Je suis contente si j’ai réussi à te donner envie de le découvrir. 🙂

  3. Ça me fait un peu penser à la phrase de Nietzsche, » Tout ce qui est profond aime le masque, tout esprit profond a besoin d’un masque « . Les thèmes abordés dans ce livre ont de quoi me plaire, je note 🙂

  4. Je ne suis pas sûre d’avoir tout à fait saisi le principe du roman mais tu cites des choses intéressantes – comme les thèmes abordés que je trouve importants et intéressant. Concernant l’écriture, je ne sais pas si ça me plairait. Sur un court terme oui, puisque c’est dynamisant, mais ça finirait sûrement par m’énerver!

    1. C’est un roman choral, donc plusieurs personnages qui parlent les uns après les autres, ayant un fil conducteur de base qui est Angelica et son histoire. Un chapitre sur deux. Ensuite, les thèmes sont divers. Pour l’écriture, ça passe ou ça casse, possible, mais c’est un livre assez court, et d’un format assez « petit », donc ça se lit rapidement 🙂 Enfin moi, en tout cas. Je ne peux rien t’assurer de ton côté :/

  5. Les thèmes sont d’actualité, après la structure et le style (les personnages peu approfondis et tes autres remarques) me refroidissent mais ton enthousiasme transpire bien ! Je sais que ce n’est pas toujours facile de rédiger une critique ! Mais tu réussis à en faire une qui ressemble un peu à ta conclusion, sceptique au départ puis conquise à la fin !

    1. Je le comprends tout à fait. Et moi aussi je le regrette. C’est vrai que cette chronique m’a posé plus de problèmes que les autres… m’enfin, j’ai fait du mieux que je pouvais, et suis contente qu’elle soit à l’image plus ou moins de ma lecture/conclusion.

    1. Si tu le tentes, n’hésite pas à me donner ton lien, ou ton avis 🙂
      C’est vrai que c’est dommage qu’il soit si court, mais en sens, je comprends l’idée de l’auteur, qui n’est pas mauvaise. 🙂

  6. Au départ, je me disais « ohlala ce n’est pas pour moi ça… » et à la fin de la lecture de ton billet, je me dis « il faut que je vois s’il est à la bibliothèque ou que sinon je l’ajoute à ma liste d’envies sur Amazon »…

  7. Je suis partagée parce que le résumé et ton billet me font vraiment très très envie, mais… j’ai peur que cette lecture me mette mal à l’aise. Rien qu’en lisant les premières lignes, je me suis déjà identifiée ou presque à ce personnage. Comme elle je n’aime pas spécialement parler de moi en public (même si j’y travaille). Mais ça pourrait être justement intéressant que je le lise 😉

    1. Je comprends totalement ton sentiment. Après, il y a une des raisons sur le pourquoi, que je ne donne pas dans la chronique (pour évidemment laisser de la « surprise » à la lecture.) Je suis comme toi. Je ne parle pas de moi en public -ou je donne que ce que j’ai envie de donner, et cette situation d’émission de télé, je pourrais très mal la gérer… mais l’identification s’est arrêtée à cela. Est-ce que ça te mettra encore plus mal à l’aise, ou au contraire tu ne identifieras pas? Je ne sais pas.

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