Rosa Candida ; Audur Ava Ólafsdóttir

_______________________________Rosa Candida

Rosa Candida

 Audur Ava Ólafsdóttir

Points

Roman

336 pages

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« Dans le monde d’Arnaljótur, vingt-deux ans, il est question de boutures, de graminées, et surtout de sa fierté, les roses à huit pétales, les Rosa Candida. Sa passion dans la vie : le jardin et les fleurs. Une nuit, dans une serre, Arnaljótur et Anna s’aiment. Ils se connaissent à peine, pourtant leurs existences en seront chamboulées à jamais car, en Islande, les filles naissent bien dans les roses… »

Mon avis

C‘est un livre qui était dans ma Pal depuis décembre dernier, et qui m’a été offert. J’ai toujours peur des livres qu’on m’offre, surtout quand ils viennent de personnes très proches, et qui, d’habitude, font le choix d’autres cadeaux. On sent qu’ils ont fait cet achat parce que soit, c’est un livre qui compte beaucoup pour eux, soit parce qu’ils ont jugé qu’il pourrait être fait pour nous. Cette pression m’empêche parfois de me lancer directement… mais, je finis toujours par le faire, même s’il faut attendre six mois. Venons-en aux faits.

C‘est l’histoire d’un jeune homme de vingt-deux ans qui décide de partir du foyer familial pour aller s’occuper d’une Roseraie dans un jardin monastère mondialement réputé, à l’étranger. Roman initiatique, donc, ce jeune homme quitte sa terre natale, son père accablé par la mort accidentelle de sa mère, son frère jumeau Jósèf – autiste, et la jeune-femme avec qui il a eu une petite fille, (le temps d’une demie-nuit d’amour, mais avec qui il n’a jamais été en couple) dans l’espoir de se trouver lui-même, et pour se donner entièrement à sa passion, l’horticulture – les roses, plus particulièrement. (Cette phrase n’en finissait plus) Passion qu’il tient justement de sa mère. Passion, au presque regret de son père qui le sait doué pour les études. 

L‘écriture fluide de l’auteur nous pousse à entrer directement dans le livre, tournant les pages les unes après les autres. Le fait qu’elle jongle entre présent et passé – pour revenir sur les souvenirs d’Arnaljotur, donnait une dimension plus intéressante à ce livre. J’adore ce genre de construction. Je dois admettre, qu’au départ, j’ai retourné x fois les mêmes pages pour savoir quelle ligne j’avais loupé, parce que certes, on sait que les personnages viennent d’Islande, mais quand notre personnage principal, lui, prend l’avion, nous ne connaissons pas la destination finale… et jamais nous ne la connaîtrons. Une fois, l’abstraction de cette frustration faite, nous partons avec lui, dans sa quête de lui- même.
Contrairement à la majorité des chroniques que j’ai pu lire, je n’ai pas réussie à m’attacher à ce personnage dès le départ. Je le trouvais distant, presque froid, et souvent très étrange; me posant davantage de questions à chaque page lue. C’est un roman, à mon sens, où il ne se passe pas grand chose; sorte de zoom sur une vie ordinaire, d’une famille ordinaire, d’un homme ordinaire, mais qui, de par l’écriture, ses descriptions magnifiques, et ses personnages plus réels les uns que les autres, nous empêchent d’abandonner le livre. On évolue avec le personnage, se posant les mêmes questions de lui – sur ce qu’il est j’entends. La vie, le corps, la mort et les fleurs – ces pages sublimes sur les roses et les jardins, donnent envie de mettre nos bottes en plastiques, ou de se poser dans l’herbe à ses côtés, pour le regarder travailler ou l’aider, et penser. J’en venais même presque à penser que d’aller dans ce monastère où règne une ambiance, assez sympathique, était tentant – probablement grâce au frère Thomas, ce cinéphile assidu, qui ne répond (presque) aux questions que par des films à regarder.
Nous faisons, petit à petit, partie de la nouvelle vie d’Arnaljotur: où il se doit d’apprendre un langage qu’il ne comprend pas pour subvenir à ses besoins les plus basiques, où il crée de nouvelles relations, où son rôle d’homme s’approfondit – par l’indépendance, et surtout dans celui de père. Rôle, qui est décrit de manière très intelligente par l’auteur. Je n’avais jusque là, jamais lu de livre où là question de paternité était abordée, et ça fait un bien fou de lire parfois comment avec naïveté, maladresse, et douceur on devient père. Ces pages sont probablement celles qui m’ont le plus touché et le plus plu; rendant l’évolution du personnage concrète, trouvant les réponses à certaines questions qu’on se posait à son sujet, et où il est enfin possible (ou presque) pour nous – enfin pour moi, de m’attacher à ce jeune homme, qui au départ, rappelez-vous, me laissait totalement de marbre. Il respire dans ce roman une certaine lumière, une humanité, et une certaine délicatesse
Petits bémols quand même – il en fallait bien ; j’en aurais aimé davantage sur les personnages secondaires. Sans trop en dire sur la fin du livre, j’aurais aimé en savoir plus sur l’évolution de Jósèf (frère jumeau à l’opposé d’Arnaljótur), connaître un peu mieux son père – envers qui je me suis attachée directement, et même en savoir plus sur la vie de frère Thomas. Mais je ne l’ai pas eu.

« Jusque-là, je n’ai plus besoin de rouler dans ma tête des projets d’avenir, ni ce qui va suivre, si je vais rentrer au pays ou rester ici plus longtemps. Il me semble tout aussi vraisemblable qu’après deux à trois mois, je ne serai pas plus avancé sur la conduite de ma vie. Je me sens bien au jardin ; c’est bon  de profiter de la solitude des plates-bandes pour sonder ses aspirations et ses désirs, muet en pleine terre; je n’ai même pas besoin de connaître la  langue »
p164

J‘ai néanmoins l’impression, en relisant la chronique, de ne pas suffisamment rendre « palpable » le « bonheur » que j’ai eu à lire ce livre. Je le répète, donc; c’est un roman contemporain, où le pouvoir des roses donne un très joli moment de lecture. Le fait de ne jamais savoir où il se rend, rend possible à chaque personne qui lit de se projeter peut-être plus aisément dans cette histoire, et je la conseille à qui veut bien essayer. N’ayez pas peur du fait qu’il ne se passe pas « grand chose », parce que sous ce côté ordinaire, voire presque banale; derrière chaque pétale de rose se cache une lumière et un certain espoir. À qui veut bien le voir, ou l’entendre. Bien sûr.

16/20

Une autre chronique

Chronique plus dubitative d’Electra

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  1. C’est amusant car elle vient de sortir un nouveau roman, et j’ai lu plusieurs chroniques (3 très enthousiastes et une mitigée) elle reproche la distance, la froideur et j’avais déjà ressenti ça en lisant Rosa Candida. Je l’ai lu en 2013 et je suis plus dure que toi (à propos du personnage principal) même si j’ai aimé la construction, le voyage initiatique, le côté mystérieux.

    La voici : http://www.theflyingelectra.com/2013/03/rosa-candida_25.html

    Tu lui mets 16/20, je lui aurais mis 12/20 de mon côté ..

    1. Je dois avouer avoir eu un long débat avec moi-même pour cette note et quant à cette chronique, mais je prends l’entière responsabilité de l’interprétation. Deux points m’ont chiffonnés (voire trois): le personnage principal parce qu’au départ je me demandais vraiment quel était son problème vis à vis du fait de vouloir coucher avec tout le monde – ou presque (je l’ai noté dans la première page pour faire ma chronique, et je suis contente de le lire dans la tienne), mais qui vit une certaine évolution au fil des pages, je note ceci positivement. Je ne vais pas te mentir, moi aussi j’ai été choquée par certaines phrases, par certaines de ses pensées, ou par certains mots utilisés… Mais j’ai préféré mettre une bonne note, parce que je n’ai pas pensé une seule seconde à lâcher le livre, sans oublier le fait de trouver osé, qu’en un sens, l’auteur fasse le choix d’un personnage comme Arnljotur. Tantôt détestable, tantôt attachant. Puis la psychologie de ce personnage là, change de ce qu’on peut lire habituellement – ou moi, en tout cas. Sans oublier le côté un peu mystique qui m’a, lui aussi, dérangé, mais là, c’est totalement personnel. Je crois n’avoir pas été aussi difficile que toi dans mon article, parce que je prends la liberté d’interpréter un peu trop, et au delà du roman lui-même. J’ai pris en compte son âge et le fait qu’il ne sache rien ou presque de la vie. Apprenant au jour le jour, les choses, et les sentiments. J’ai fait le choix de lire le roman entre les ligne et de penser qu’il ne s’arrête pas à la dernière page ; quant à l’évolution « psychologique » du personnage – dans le sens qu’il ne cessera de continuer.. Mais peut-être parce que je suis trop idéaliste, et que je veux bien lire que ce que je veux lire, c’est totalement possible. J’en conviens. Et peut-être là une grossière erreur.
      Je crois que je note aussi positivement l’ambiance des fleurs et des jardins, et comment elle aborde, à certain moment la paternité (quand on fait abstraction de son langage envers la maman), l’histoire en elle même, et la construction. Pour moi l’auteur a réussie à rendre « délicat et tendre » , des sujets qui sont souvent difficiles ; comme le fait de devenir père sans vraiment l’avoir choisi (ni la maman d’ailleurs). Comment s’occuper d’un enfant, et la beauté qui en découle. Cette mère, décédée et sur-idolâtrée, et la quête de soi – quand on est presque totalement perdu.

  2. Je connaissais ce livre de nom donc ça me fait plaisir que tu aies lu ce livre.
    Je ne sais pas si j’aurai le temps mais je lirai peut-être ce livre, ta critique donne envie de le lire :).

  3. Je suis contente de voir que toi aussi tu as pu le lire. Je crois que j’ai encore moins accroché que toi… C’est un roman que je trouve beau par les messages qu’il peut transmettre. Mais j’ai eu du mal à entrer dans cet univers qui me semblait trop irréel (je pense aux routes de lave ou à tous ces petits détails). Par contre c’est un bel hommage à la paternité, je n’en ai pas rencontré tant que ça par rapport à mes lectures jusqu’ici !

    1. Je comprends pour ces détails là, pour ma part, ce n’est pas ça qui m’a fait tiqué mais bel et bien certains autres aspects du livre comme le personnage principal.

      Ah, toi non plus? Je n’arrive pas à trouver un seul livre qui aborde concrètement ce sujet-là. Ou alors, il ne m’a pas marqué :/

  4. On m’a également offert ce livre il y a quelques temps. Comme toi, j’ai ressenti cette injonction bien intentionnée : tu vas aimer. Le livre est resté sur mon étagère « à lire dès que… » Cet hommage à la paternité m’intrigue. Je le passe sur l’étagère « prochains livres à lire ». Merci pour tes chroniques 🙂

    1. Je suis contente d’avoir fait en sorte qu’il passe d’une étagère à une autre. Maintenant, il ne me reste qu’à espérer une excellente lecture. 🙂
      N’hésite pas à venir me le dire.
      Merci de me le lire.

  5. Je le vois très souvent, mais je ne me suis jamais penchée plus que cela sur ce livre mais pourquoi pas, l’intrigue banale qui développe des thèmes comme la mort ou la paternité me semble intéressante =)

  6. Je ne connaissais absolument pas ce roman et la lecture de ta chronique m’a vraiment donné envie de le découvrir. J’aime ce genre de romans où il ne se passe pas forcément quelque chose, mais où l’on nous décrit une vie plus ou moins ordinaire. Petite parenthèse, je crois ne jamais te l’avoir dit, ou du moins pas assez : j’adore te lire. J’aime beaucoup ta façon d’écrire, et c’est vraiment un plaisir de découvrir chacune de tes nouvelles chroniques ! 🙂

    1. Ce commentaire me fait bien plaisir, et me pousse à continuer ce blog. 🙂
      Oui, c’est un livre qui pourrait te plaire, j’en suis certaine – sous certains aspects.
      Si tu essaies, j’ai hâte d’avoir ton avis, puisqu’il mène à certains débats.

  7. Un de mes romans préférés, tu as su en extraire l’essentiel dans ta chronique et en plus je suis d’accord avec toi. Mais il s’en passe des choses, des rencontres, des moments de famille.. Bon pas d’action mais une très belle histoire 😉

    1. Je suis contente que tu partages mon avis, d’autant plus s’il fait partie de tes romans préférés. Bien sûr, évidemment qu’il s’en passe des choses – mais il n’y a pas d’actions ou de péripéties folles comme on pourrait en trouver dans certains autres romans – histoire de prévenir ceux et celles qui veulent essayer. 🙂

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