Philothérapie ; Éliette Abecassis

Philothérapie

PHILOTHÉRAPIE – Éliette Abécassis

Flammarion – Roman – 307 pages

Êtes-vous prêt pour le plus grand amour de votre vie?

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__« Puis-je vous demander pourquoi vous avez décidé de suivre cette philothérapie et ce que vous en attendez ?
– Cela va vous paraître naïf ou idiot… Je crois que je suis malade, Professeur.
– Quel genre de maladie avez-vous ?
– Je suis malade de l’amour. A chaque fois, c’est la même chose. Je vis des histoires dans lesquelles je m’enivre, je me perds et je me noie. J’en ressors de plus en plus lessivée, désespérée, avec l’impression que je ne trouverai jamais l’homme de ma vie. Je voudrais guérir, me libérer de l’amour pour commencer enfin à vivre, débarrassée à tout jamais de cette illusion mensongère. »

__Juliette est une trentenaire parisienne qui vient de se séparer de Gabriel. Une énième rupture, celle de trop. Celle qui sera à l’origine d’une remise en question. Bien décidée à ne plus rien attendre de l’Amour, à s’en désintoxiquer même, elle se lance, suite au conseil de son libraire, dans une Philothérapie.
Qu’est-ce qu’une philothérapie, allez-vous me dire? C’est simple, il suffit d’aller sur Philoskype.com (n’essayez pas d’y aller, hein) pour comprendre, site ayant pour slogan et unique but de, je cite : « guérir les maux de l’âme grâce à un dialogue avec un professeur qui enseigne la discipline. » Si je voulais chipoter – mais ce n’est pas mon genre –, je dirais qu’il y a là déjà une erreur : guérir, non! Soigner, admettons… enfin bref, que l’aventure commence ! Son interlocuteur et philothérapeute sera un certain Jean Luc Constant (pseudonyme) normalien agrégé de philosophie. Que l’histoire continue ! 

_« La philosophie est un discours. L’amour est-il donc un discours?
[…]
La philosophie peut-elle m’aide à répondre à cette question? Comment philosopher sur l’amour alors que pour philosopher il faut déjà savoir ce qu’est l’amour? »
p27

__Bien, avant toute chose, je trouve que la quatrième n’est pas forcément représentative de ce qu’est le livre. En effet, je ne l’ai pas lu, et j’ai plutôt bien fait puisque j’aurais sans nul doute reposé l’objet. Je vais être honnête, en lisant les premières pages, j’ai eu un peu peur…
Souvenez-vous, il y a quelque temps je vous disais que le roman de développement personnel n’était pas fait pour moi, et bien trois secondes après avoir ouvert celui-ci je me suis dit que je m’étais une nouvelle fois faite avoir… Le texte était un peu décousu, les dialogues quelque peu enfantins, le sujet de base un peu fouillis-fouillis (comme sera cette chronique, mea culpa)… mais l’auteur, Eliette Abecassis, intelligente, a su m’atteindre, et me retenir. 

__« La question de tous était la même : quel discours peut-on tenir sur l’amour? Quelqu’un raconte que quelqu’un a dit que quelqu’un a aimé. Mais l’amour n’est-il qu’un discours? Une histoire que chacun se raconte à sa façon. L’un en disant que les amoureux sont des entités séparées qui se cherchent, l’autre qui préfère penser l’amour en termes de manque et de plénitude, de joie et de douleur, et qui annonce que l’amour nous permet d’atteindre l’immortalité. »
p49

__L’auteur est agrégée de philosophie, et on sent qu’elle aime ça. Elle aborde dans ce texte-ci, sous fond de roman, différents thèmes de la relation amoureuse. Chaque chapitre en représente un ; l’origine de l’amour, la passion, la trahison, le désir, la rupture, la méprise, etc… c’est une construction, certes, basique, mais très efficace. Pour chaque thème, elle fera de son fil conducteur une parfaite illustration philosophique et ce à travers ses personnages, mais aussi ces grands livres, les grands auteurs de philosophie, les écrivains, les psychanalystes… et j’en passe. Tantôt roman, tantôt cours ; Éliette Abecassis nous écrit 307 pages qui offrent un panel magnifique de réflexion, et c’est ce que j’ai de loin préféré.
Pourquoi ai-je préféré le côté philo plutôt que le côté ‘roman’? Parce qu’il y a un petit côté surfait qui m’a dérangé, parce que notre personnage principal (Juliette) peut parfois être un peu trop égocentrique et egocentrée (c’est moi qui dit ça!), un peu stupide aussi – de par ses préjugés, voire être la définition absolue du superficiel… Tantôt Roman, tantôt cours, je le disais. Tantôt faible, tantôt fort. Tantôt absurde, tantôt sensé. C’est un texte en dents de scie qui se mérite, parce que oui, le fond y est vraiment intéressant, et il m’a été impossible de le lâcher. Nonobstant cette histoire qui m’intéressait peu (un peu prévisible de surcroît), tout ce qui touchait l’Amour à travers les grandes pensées a su m’enthousiasmer. Eliette Abécassis a réussi à me donner l’envie d’approfondir, l’envie de creuser, de lire telle ou telle oeuvre. L’auteur a su me faire poser mille et une questions, – dont je n’ai pas forcément les réponses – a su également me faire mettre en parallèle ma propre histoire, ma propre condition, mes propres idées sur l’Amour, (moi qui ose reprocher l’égocentrisme de Juliette!) a su me faire lire certains passages à mes colocataires, bref, a su faire de son sujet, un sujet passionnant, et vous le savez, c’est ce que j’aime le plus en littérature ; Réfléchir !

__« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuse, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelque fois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice crée par mon orgueil et mon ennui.« 
Tirade de Musset 
»
p.116

__EEn y pensant bien, j’ai quand même l’impression de ne pas donner énormément de clefs sur ce qu’on trouve dans ces pages, mais sachez que l’auteur aborde ; la virtualité, le réel, le possible et l’impossible, l’infini, la théorie du trop connecté, la caste des sites de rencontres, l’amour passionnel (et ce aussi à travers la science), l’amour intellectuel. La ‘théorie’ du Banquet de Platon. On y croise Lacan – avec ce passage que j’aime beaucoup : « Du fait de penser que l’autre vous connaît vraiment, qu’il porte votre vérité. Ainsi, en l’aimant, vous pourrez vous connaître et vous aimer à travers son regard. En aimant, on s’aime aimé. Aimer disait Lacan, c’est donner ce qu’on n’a pas. C’est reconnaître son manque et le donner à l’autre, le placer dans l’autre. Ce n’est pas donner ce que l’on possède, des biens, des cadeaux, c’est donner quelque que l’on ne possède pas, qui va au-delà de soi-même. » p.156, (voilà qui vous donnera une bonne raison d’atterrir sur Quai des proses suite à cet « Aimer c’est donner ce qu’on n’a pas », ref article recherche.)  Freud (avec lequel j’ai toujours un énorme problème), Phèdre. Roméo. De Musset. Personnages réels et personnages fictifs qui dessinent les uns avec les autres le propos.
Ce livre est un objet à part, qu’on ouvre et qu’on lit doucement pour essayer de saisir chaque phrase, chaque sens, chaque pensée, pour tenter de s’élever un peu. Alors malgré la faiblesse du côté « Roman » qui m’est propre, bien sûr, ce fut une très jolie découverte.

__En conclusion, tout le monde y trouvera son bonheur, je pense. Si vous voulez une histoire sous fond de philo, vous allez aimer, même s’il va falloir s’accrocher un minimum. Si, au contraire, vous cherchez un presque cours de philo sous fond de roman, vous allez adorer ! 

__« Les non-dits sont maudis…»

 ★★★★(★)

__J’avais presque envie de mettre 5 étoiles, pour le simple fait qu’Éliette Abecassis est l’auteur de « un heureux événement » dont l’adaptation est sortie avec Pio Marmai…. quel choix parfait. Pio Marmai, quoi ! Ceci est totalement Hors-sujet, et alors?

L’avis des copinautes
Carnet Parisien
Au Bordel Cuturel 

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  1. Ah mon dieu. Toi et Mélu, vous titillez ma curiosité à haute dose. Et pourtant, j’ai encore cette tête devant le PC franchement dubitative « naaaaan, c’est pas pour moi. ». J’ai l’impression que je vais lire un mix mauvais entre Laurent Gounelle (pour le développement personnel) et de la philo (or depuis la khâgne j’en garde pas un souvenir de fifou).
    Donc, à voir. Toujours dubitative, mais je te ferais bien confiance quand même. Et d’un autre côté, j’ai franchement pas d’entrain à le lire…
    En revanche. Keur sur toi pour la tirade de Musset. Je valide complètement. Pendant un temps je l’avais apprise par cœur (ça c’est l’ambiance première année de prépa où tu te cultives et tu aimes bien emmagasiner la culture par tonnes), mais depuis concrètement… J’ai du trop regarder TF1, parce que je l’ai complètement oubliée. N’empêche que je l’aime toujours autant.

    1. Tes commentaires me font toujours rire ! Quel plaisir de te lire, tiens !
      Je comprends que tu sois dubitative, je n’ai pas lu Gounellle, enfin si… 4 pages et quelque quoi, donc je ne peux pas te rassurer là-dessus. Tu sais comme je n’aime pas le développement perso, et là, je ne l’ai pas vraiment senti…. par contre, la philo, oui, elle est très très très Présente, mais le sujet y’est fort intéressant. Commennt ça, je me fais un bis repetita? Ensuite non, je n’essaie pas de te convaincre coûte que coûte :D, Pas du tout !
      Ps : pour la tirade de Musset, j’avais moi aussi envie de l’apprendre, ça changerait du Baudelaire, puis, ça ferait travailler ma mémoire ! À 27 ans… faut que j’y pense !

        1. Je valide la bague moche qu’on tire dans les supermarchés là, je n’aime pas les nuggets !! On se fait ça dès que je viens à Paris ! Attention, je vais prendre mon accent 19eme Siècle !!!

          1. Ca n’a rien de Gounelle je trouve Solène, pour en avoir lu un en entier (victoiiiire). Pour le coup, il y a une vraie réflexion et une légitimité dans cette réflexion 😉 mais comme je l’ai dit à Elodie, c’est le côté « je te donne un cours de philo en achetant ce bouquin » qui m’a moins emballée (contrairement à elle). Je ne sais pas si tu aimerais, en toute honnêteté, et je serais même curieuse d’en discuter avec toi. Mais en tout cas, c’est sûr que tu aurais des choses à en dire !

          2. C’est vrai que ça serait vraiment drôle sachant que j’ai vos deux avis (et que vous n’avez pas aimé pour les mêmes raisons !).
            Tu vas finir par me convaincre tu sais !
            Et quel Gounelle as-tu lu ?

          3. J’ai bien aimé. Sans plus. J’avais de très mauvais a priori donc c’était un poil mieux que ce que j’avais prévu. J’ai appris des choses sur les abeilles et les oiseaux migrateurs, après… Bof bof !

  2. ah quelle joie de te lire à nouveau ! ma pause déjeuner aura eu donc goût d’amour et de philo ! comme toi, la partie roman aurait eu vite fait de moi mais la partie philo (7 heures par semaine, j’ai adoré …) me tente .. mais le sujet, l’amour, moins .. bref, je me perds – en tout cas, ravie de retrouver tes chroniques qui m’enchantent à chaque fois !

    1. Aha, je comprends. Après, le côté philo Amour, n’a rien de nian-nian si c’est ça qui t’effraie. Par contre, le côté roman, te connaissant, c’est juste impossible !
      Merci de me lire !

  3. C’est drôle ! Tu sais qu’on en a parlé, j’ai aimé ce que tu as détesté et inversement. Je n’aime pas qu’on me donne des cours pendant que je lis un roman, et c’est ce que je reproche au livre d’Eliette Abécassis. Je n’ai pas aimé assisté à cette leçon de philo, parce que je n’aime pas trop la philo. J’ai trouvé ça très détaché de la vie de Juliette, en plus, elle semble n’en tirer aucune leçon puisqu’elle tombe très vite sous le charme de Jean-Luc. Je me suis davantage délectée des passages de la vie de Juliette 🙂 mais je comprends que tu aies moins accroché. C’est vrai que le contraste est assez saisissant. Et oui, il faut s’accrocher avec ce roman 🙂
    Merci pour le lien et gros bisous ma belle !

    1. Et c’est d’autant plus intéressant d’avoir des avis contraires, c’est pour ça que j’ai mis vos liens, histoire que ça pousse vraiment les gens à se lancer ou non (suivant les ressentis, quoi :)) C’est toujours plaisant de parler de lectures communes avec toi.

  4. Ce livre est clairement dans ma liste de souhaits et j’aime beaucoup Eliette Abecassis.
    Ta chronique et celle de Carnet Parisien me donnent de plus en plus envie de me l’acheter.
    Gros bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

  5. Ta chronique m’a refait penser à ma prof de philo de terminale. Qu’est-ce qu’elle était géniale ! Rien que pour ses cours je voudrais retourner au lycée ^^ Comme quoi, la philosophie c’est avant tout le philosophe. J’essaierai de trouver ton livre 🙂

    1. Je suis d’accord. La philosophie – ou n’importe quelle matière d’ailleurs, peut être passionnante suivant la personne en face. Si elle vit son « truc », si le cours est passionnant, je crois que tout devient plus intéressant.
      J’espère que tu aimeras.

  6. J’aime ton petit hors-sujet parce que.. Pio Marmai quoi haha =) Je ne sais pas si je le lirai, parce que j’ai fait un peu l’expérience avec Tout ce que je sais de l’amour, qui reprenais le même concept et j’ai été dérangée par l’égocentrisme du personnage principal, donc je suis mitigée. A voir si j’en ai l’occasion…

  7. Elo Elo Elo… comment se fait il que je n’ai pas encore lu ce livre ? Tu ne lis QUE des romans qui sont susceptibles de me plaire et généralement je partage tjrs tes avis

    Je connais l’auteur dans l’émissions LES GRANDES QUESTIONS je savais qu’elle écrivait des livres mais les thèmes abordés jusqu’alors ne m’intéressaient pas. Mais là… les passages que tu cites me convainquent totalement. Des les premiers mots du deuxième passage j’ai eu envie de crier MUSSET ON NE BADINE PAS AVEC L’AMOUR !!!! Les dernières phrases sont en fait de G.Sand. c’est ce qu’elle lui avait écrit dans une lettre ( de rupture il me semble…)

    Enfin bref j’ai également du mal avec Freud même si je veux lire ces 5 leçons … et un petit cours de philo sur Platon ne peut le faire que du bien.
    On là la j’ai trop de choses à dire donc le mieux c’est que je lise le roman !!

    Grosses bises et profite bien de l’été 🙂

    1. C’est vrai qu’on partage assez souvent le même avis ! Mais tu as tendance à lire de plus « grands » livres que moi 😀 Avouons-le.

      Je ne connais pas cette émission; qu’est-ce???
      Je me demande si le passage de G.Sand, n’est pas dans mon livre « lettres de rupture », mais étant à 75 km de chez moi, je ne peux vérifier cette source ! On en reparle.

      Pour Freud, je l’ai ce « 5 leçons… » (ainsi que l’interpretation des rêves), et bien ACCROCHE TOI ! Et encore… c’est un euphémisme aha.

      Profite de ce mois d’août, ♥

      1. Tu es une de mes sources principales pour les idées lectures ! Et niveau poésie tu es bien plus avancée que moi !

        Les Grandes Questions est une émission diffusée sur France 5 ( seulement qq semaines par ans). On y traite des questions de philo et d’actualité. C’est présenté par Giesbert aidé par trois agrégées de philo a savoir Abecassis, Mazarine Pingeot et Géraldine Muhlmann ( merci Wiki pour le nom de cette dernière )
        Hum Fred ca me fait peur.. ma mere en garde un bon souvenir mais je ne suis pas en adéquation avec les théories psychanalystes. Ça me fait plus rire qu’autre chose !!
        Je viens d’acheter un livre de Gounelle mais je ne savais pas qu’il était plus centré sur le développement perso que sur la philo. Je suis plus que sceptique. On verra bien…

        Et je ne t’ai jamais demandé ton avis sur Racine ? En tant que spécialiste de l’amour j’aimerais savoir ce que tu en penses !!!
        Bises 🙂

  8. Coucou,
    Haaaaaa, je sais ce que tu te dis ! Ce n’est pas son genre, il va dire non merci, et tout et tout… Hé bien, je me laisserai bien tenter pour une fois :p Héhé, ça te laisse dubitative hein, tu a les yeux rond ^^
    C’est peut-être, attention moment cynique, parce que moi aussi j’ai des problème avec l’amour… Bon, je ne désespère pas mais je fait partie de ceux qui ont un peu l’impression que cette belle image du romantisme et tout ça c’est un énoooooorme mensonge :p

    1. Hello !
      Mais, je n’ai aucun préjugé sur tes lectures, cher Ludo ! Même si, bon d’accord, autant toi que moi, on va toujours vers les mêmes « genres »… Je suis, en effet, un peu surprise, tu t’en doutes, je ne peux que te le conseiller, après… heureusement que tu fais seulement preuve de cynisme, parce que ce n’est pas avec ce livre-ci que tu trouveras des réponses ! 😀
      Le ROMANTISME Vaincra ! Je te le dis ! JE TE LE DIS ! (je pète un câble, oui)

  9. Certains te répondrais que c’est le cynique qui vaincra 😁
    C’est vrai que l’on se tourne toujours vers la même chose, peut-être un peu par flemme pour moi :p Après, parfois, on a un p’tit coup de foudre et on passe un bon moment… Enfin, j’espère si je le lis ^^

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