On a tué tous les indiens ; Jules Gassot

JulesGassot_______________________________

On a tué tous les Indiens

Jules Gassot

Robert Laffont

Roman

264 pages

_______________________________

« Ko au 7° round. À quelques jours de ses trente ans, Benjamin Chambertin se fait larguer. Après sept ans, Julie ne l’aime plus. Un rêve d’éternité s’écrase sur ses baskets. Tel le Alain Leroy du Feu Follet, il cherche à se heurter à quelque chose de solide, à trouver un sens. Errance nocturnes, vertige de la solitude, soigner la vie au whisky, tout faire pour échapper au tocsin de la trentaine.
Drogue, sexe et réalité virtuelle dans la steppe des sentiments. Même si tout est foutu, même si tout est perdu,il y a toujours un visage à viser, à espérer, à vaincre. »

_____________________________

Mon avis

Ce livre, j’ai remué ciel et terre pour l’avoir; je peux être obstinée quand je veux. Entre la couverture étrange, bien que très esthétique, puis la quatrième prometteuse, mon cœur venait de chavirer. Sans oublier le prénom de l’auteur : Jules, qui est LE prénom masculin que j’aime le plus au monde. (vous êtes ravis de l’apprendre, n’est-ce pas?)
Malgré ce cocktail enthousiaste, il m’a fallu une quasi éternité pour le lire (environ 3 semaines), et encore une éternité pour écrire la chronique, pourquoi? Je m’explique…

Nous suivons donc les aventures de Benjamin Chambertin, un administrateur de production dans le cinéma – artiste, vivant à Paris, et qui, après 7 ans d’amour, vient de se faire quitter par Julie. Julie, qu’il a aimé comme jamais il n’avait aimé auparavant, et comme jamais il n’aimera plus. L’auteur, dans ce roman, narre le désespoir d’un homme qui vient de se faire quitter et qui n’avait rien vu venir. Les premières secondes, les premières heures, les premières semaines. Il nous conte le deuil d’un amour qu’il pensait futur, mais qui finalement ne sera que passé – amer, et qu’il va bien falloir enterrer. Il nous raconte les difficultés à avancer sans l’autre. La difficulté à respirer sans l’autre, à se projeter sans l’autre, à vivre sans l’autre. Ce roman a tout pour que nous puissions plus ou moins nous y retrouver, puisque nous avons tous était quitté un jour – ou presque.  

« C‘est quoi une rupture? Deux êtres qui se disent au revoir en sachant qu’ils ne se reverront jamais.
Deux enfants qui font la guerre, pas dans le même camp. 
Deux joueurs avec les mauvaises cartes qui ne veulent pas perdre. Une rupture c’est un truc dégueulasse qui arrive par surprise.
C’est le gouffre où l’on sombre comme lorsqu’on est amoureux. Une rupture c’est la mort qui change de nom parce qu’on est toujours vivant. » 

Quand on lit ce roman, on pense inévitablement à Beigbeder, à Nicolas Rey (qu’il cite), parfois même à Bedos (Nicolas), ces auteurs que j’aime et qui sont fièrement exposés dans ma bibliothèque… Je n’avais pas – depuis longtemps –  autant « encadré » certains passages d’un livre… et Jules Gassot, fait partie de cette école là; il a du style, il y a de la fulgurance, de la poésie, de la profondeur. Il écrit de manière courte, concise, efficace, sans respiration ou peu. Et vous savez à quel point j’aime cette façon là. Alors oui, c’est certain, il a du talent, et est un auteur prometteur… sauf qu’il y a, à mes yeux, quand même des choses moins positives dans ce livre. Il est assez court, et pourtant, je l’ai trouvé « lourd », voire répétitif. J’ai mis du temps à le lire parce que j’avais besoin de souffler après trois chapitres – il y en a soixante-six. À certains moments, ce roman que je pensais comme sorte d’hymne aux amours qui finissent mal, à celui qui aurait aimé rester – que l’histoire continue..  sorte d’ode à la mélancolie, au spleen, à l’après… et bien, j’ai trouvé le personnage de Benjamin quelque peu désespérant, voire extrêmement déprimant. Son côté : je n’aime rien, les rues sont moches, les avenues sentent mauvais, Paris est laide, la vie c’est du caca, je ne sers à rien… épuisant.
Alors oui, l’auteur a eu l’intelligence de construire son livre de manière à passer de cet état de désespoir, aux souvenirs de cette relation, qui mettent un peu de douceur  et de soleil dans ce livre bien trop sombre… mais hélas, j’aurais aimé qu’il y en ait davantage ou disons de manière différente – de sourire, j’entends. Moi, qui, généralement, est assez compatissante avec ce genre de personnage, ayant l’envie de rentrer dans les pages en les prenant dans mes bras et leur disant « allez, ne t’inquiète pas, tu retrouveras un amour aussi grand, aussi fort, laisse le temps faire les choses  – comme le chante notre ami Léo, tu sais -, allez viens, on va boire une bière, fumer une cigarette, refaire le monde à notre manière, toussa toussa... » (rime non voulu), là, j’avais envie de rentrer dans le roman, certes, et lui dire « non mais mec, arrête, viens, la vie continue! » Alors, était-ce moi le problème, la période, ou le livre en lui même? Telle est la question (Hello Shakespeare).
Ceci étant dit, j’ai beaucoup, mais beaucoup aimé les dernières pages du roman où il y a eu une réelle évolution, puis pendant l’anniversaire où l’auteur à su me toucher… parce que oui, ces pages sont sublimes, et j’ai enfin eu l’impression que le personnage gagnait en relief, j’en ai même eu la larme à l’œil! 

 « Lorsque le cœur s’effondre et que la lumière disparaît, il n’y a plus d’étoile à qui parler. »
p.148
(quand je vous disais qu’il y avait des passages magnifiques)

Conclusion : ce « On a tué tous les indiens. » m’a dérangé oui, mais je l’ai aussi beaucoup aimé, évidemment. Je m’y suis attachée à ce Benjamin, mais, il m’a terriblement agacé, parfois. Je crois que je suis « assez » dure avec l’auteur, parce que j’ai mis tant d’espoir dans cet écrit là (ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça), même si je vous promets que le fond n’est pas négatif.  C’est son premier roman, et je le pense sincèrement prometteur, poétique, positivement fragile, et évidemment je conseille à le lire, mais… vous êtes prévenu quant au désespoir présent.

 « J’agonise. Pas parce que je suis malheureux et que le monde entier s’en fout royalement
mais parce que j’ai décidé de faire du sport »
p.80

(Juste, parce qu’il peut aussi être drôle.)

15/20

__________________

Ps :
J’adore connaître les influences des auteurs. Les artistes qui font ce que nous sommes inconsciemment, ou sciemment tout court.  Et j’ai une théorie totalement folle (dont je suis quasi certaine) pour celui-ci, disons poétique et musicale.. et comme j’aime savoir si j’ai raison ou tort :  Jules Gassot, si vous passez par là (ça va on peut rêver!), parlons-en !

/ Ajoutez votre commentaire ici

  1. Ta chronique correspond à tout ce que j’aime, la littérature, les mots, les influences etc… Ce livre a l’air pas mal, le thème d’amour et de rupture m’intéresse bien :).

    1. Exactement, c’est tout ce que j’aime dans ce livre. Et si l’amour, ou disons la rupture t’intéresse, ce livre est fait pour toi ! Puis, il y a vraiment la qualité littéraire derrière.

  2. Même si je ne suis pas tellement attirée par ce roman, c’est un plaisir de lire ta chronique qui est fluide et agréable! Je pense ne pas m’entendre du tout avec le héros de l’histoire, c’est le genre de personnes que je n’ai du tout envie de réconforter mais de secouer bien fort. Il m’ exaspérerait sûrement très vite et comme tu l’écris si bien, je m’écrierais : « mais mec, arrête, viens, la vie continue! »

    1. Dans ces cas, je confirme, ce livre n’est pas fait pour toi – même si, à côté, il y a de bons arguments 🙂
      Merci pour ma chronique, faut dire j’y ai mis du cœur dans celle ci, aha.

  3. Très jolie chronique ! Et toi aussi, tu as découvert une nouvelle plume et apparemment de très grande qualité ! Pour le personnage, je te rejoins aussi (et comme d’autres internautes), j’aurais eu envie de le secouer mais en même temps quelqu’un du même âge et de ma famille vient de vivre la même histoire (il y a un an) après 8 ans et je l’ai vu aussi s’écrouler, s’effondrer… mais le temps fait son oeuvre et la vie est toujours là !

    Le titre de ce livre m’intrigue énormément, l’explique-t-il ? J’ai un ami indien Paiute (tribu de Californie du Nord, proche du Nevada et des Shoshone) et une fois un américain, donc un compatriote a été surpris lorsqu’il a dit qu’il était indien car pour lui ils étaient tous morts ! Bref, je pense toujours à cette anecdote quand je vois ce titre..

    1. Faut vraiment prendre des pincettes avec cette envie de le secouer, c’est bel et bien au fil des pages, et non dès le départ… sachant qu’en plus, je crois qu’on vit (ou on peut le vivre) tous ce moment d’effondrement – à échelle différente – et temps différent possibles… et l’ai d’ailleurs, moi aussi, vécu, mais dans tous les cas je le comprends très bien, je l’admets, et je compatis même. C’est simplement dans le livre où le temps n’est pas… comment dire, « perceptible », et du coup, le désespoir est à son paroxysme. Mais vraiment, c’est un bon livre, je tiens à le dire, et le reredire. Parce que, et d’ailleurs merci pour le compliment :), j’ai l’impression de ne pas être juste. J’y ai mis du cœur comme je le dis dans un précédent commentaire 🙂

      Pour le titre du livre, oui, on finit par comprendre 🙂

      Merci pour cette anecdote, et du coup, je suis curieuse, tu l’as rencontré comment cet ami?

  4. J’avoue que moi, je ne me serais pas forcément attardé sur ce livre avec un nom pareil et une couverture aussi bizarre! En tout cas, je ne connaissais pas du tout mais je ne suis pas sûre que ça me plairait… merci quand même pour la découverte 🙂

  5. Ta chronique est très intéressante,et tant pis pour la longueur !
    Je dois avouer que ce n’est pas le genre de lecture qui m’attire en ce moment. Je ne me sens pas le courage de supporter un personnage geignard !
    Mais un auteur à surveiller de près, donc !
    Ps: la dernière citation m’a faite sourire, je m’attendais au pire, mais non !

    1. Je ne peux que comprendre, j’ai moi aussi des périodes différentes en terme de « genre » et de lecture – suivant mes humeurs, donc.
      Oui, c’est un auteur à surveiller, je confirme.
      Ps : oui !! Il peut être surprenant 😉

  6. Hum hum alors là je suis hésitante, d’un côté il me donne très envie ( d’autant plus que tu cites des gens comme Bedos ou Beigbeder ), mais le côté pesant et répétitif me fait un peu peur. Malgré tout je vais tenter de le trouver, car tu m’as donné envie de le découvrir !

    1. C’est un livre que je défends malgré ces quelques bémols, parce qu’à mes yeux l’auteur a du talent, et ce roman est loin d’être mauvais. Alors, oui découvre le, lis-le, et viens m’en dire des nouvelles 😀 !!

  7. J’ai participé à ton petit concours car la couverture était attirante, et puis…
    Il y a la lecture de ta chronique pour en savoir plus… étrangement ton commentaire, la première, la seconde citation font écho, même avec 20 ans de plus .
    Oui! Il y a des moments où tout est moche ☺

    1. Oui, j’ai vu cela. Je suis contente si je t’ai donné l’envie de le lire, j’ai tout gagné (puisque c’est la base d’un(e) blogueuse littéraire).
      Je crois, hélas, qu’il n’y a pas d’âge pour ces citations là, ou ces moments-ci. Après la pluie, vient le beau temps… il parait (c’était facile? possible.)
      Tout plein de bisous !

Laisser un commentaire