Noireclaire ; Christian Bobin

NoireClaire ChristianBobin


Noireclaire ; Christian Bobin

Gallimard , Collection Blanche
88 pages

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____« C’est si beau ta façon de revenir du passé, d’enlever une brique au mur du temps et de montrer par l’ouverture un sourire léger.

____Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre. »

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_____Mon Avis.

____—_Il est de ces livres qu’on rencontre uniquement par hasard. On flâne, on observe, on cherche sans chercher vraiment, puisqu’à la base, on essayait seulement de faire passer le temps. Puis les pupilles s’arrêtent sur un format, sur un papier, sur un titre. On l’ouvre, on le feuillette, on s’inspire, on s’arrête, puis on le prend. Et on espère qu’une chose ; que le travail se termine vite, qu’on prenne son bus, qu’on mange, se démaquille, le retrouve, et le lise. 

____—_Finalement, il m’aura fallu deux semaines pour le terminer.
_______Ce fut aussi ma première rencontre avec l’auteur.

____« Je sens mon visage s’éclairer comme si le livre sur lequel je me penche était une bougie »
p. 26

____—_Sur certain site il est catégorisé dans Nouvelle, sur d’autres, en tant que Poésie. Peu importe ce qu’il est. Peu importe où le classer. Poésie? Nouvelle? On s’en fout. C’est un objet littéraire sublime. Des pensées, des petites phrases, une histoire sans l’être réellement. Christian Bobin nous partage un quotidien où tout se mélange. Il écrit les fleurs, un chat, les oiseaux. Il écrit ce qu’est la vie, ce qu’est la mort, ce qu’est l’amour, ce qu’est l’absence. L’amour pour cette femme partie depuis si longtemps déjà. La séparation entre deux êtres mais réunit par les mots, par les sentiments, par les souvenirs, la passion, et ce temps qui passe. L’auteur narre un moment d’une vie (la sienne?) où il mélange oxymore, métaphore, réalité, illogisme, simplicité, luminosité, et obscurité. NoireClaire, tout est dit. Tout est dit.

____—_ « J’ai vu un jeune boxeur jouer du piano. J’ai vu un œuf de caille dans l’herbe. J’ai vu un chat couvrir de brindilles la dépouille d’une souris. J’ai vu Mandelstam courir tout Moscou pour défendre cinq vieillards condamnés à mort. J’ai vu un assassin dont le cœur était un rubis. J’ai vu un pain trempé par la pluie appeler au secours. J’ai vu des liserons s’agripper à une barrière comme des prisonniers à leurs barreaux. J’ai vu un bébé offrir le trésor d’un gâteau écrasé dans sa main sale. J’ai vu la huppe maçonner son nid avec ses excréments blancs plus éblouissants que les paroles des ermites. Je n’ai jamais lu de définition satisfaisante de l’amour. Je n’en lirai jamais. »
p.18

____—_Je dois admettre que je suis sortie de cette lecture en me disant plusieurs choses. D’abord : « il va falloir que je lise d’autres textes de l’auteur. Il va falloir que je prolonge cette rencontre » Mais aussi : « quel est ce sentiment qui m’anime? » Sans oublier ce : « Holala, mais que vais-je en dire? D’ailleurs dois-je en dire quelque chose? »
Parce que oui, plus que le clair, le noir m’a submergé. Je suis sortie de ces pages un peu triste, emprunte d’une mélancolie que je n’arrive pas à définir, ou un peu remuée, je ne saurais dire. Cet ouvrage fait partie de ceux qu’on hésite à chroniquer (enfin moi). Qu’y’a-t-il de bon ou de moins bon? Qu’est-ce qui m’a plu, déplu? Qu’est-ce qu’il en ressort? Dans le fond je ne sais pas vraiment, et dans le fond, je n’ai pas envie d’y réfléchir. Cette chronique sera à l’image de ma lecture ; inattendue, impossible à classer, et un peu floue. Ce livre restera un moment suspendu dans un temps. Un livre qu’on croise, et à qui l’on pense. Un moment de simple poésie, partagée. Humblement. 

____—_ « La reine du jeu d’échecs, quand elle tombe, c’est le ciel étoilé qui tombe. Chaque case de l’échiquier devient un puits rempli de cris.»
p.40

____—_À vous de voir si les extraits vous donnent envie. À vous de voir, si, croisés dans une librairie, le format et les pages vous convainquent.
_______À vous de voir.

 ★★★★

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  1. Ma WL s’agrandit de jours en jours, et tu n’y es pas pour rien !
    Alors,non, je ne connaissais pas cet auteur, même pas de nom, mais là, ça me fait envie !
    Je le note dans un coin de ma tête 🙂
    Ps : je me souviens que tu voulais découvrir un peu plus Musset. Perso je te conseille  »Poésies Nouvelles » que je suis en train de lire. Le premier poème est très long et ne m’a pas forcément plu, mais le reste… Je suis sans voix. Il m’a retourné plusieurs fois. Tout est tellement juste, vrai, poignant. pour l’instant, je ne me remets pas de ses Nuits ( ma préférence va pour La nuit d’Octobre et celle de Décembre. Etrangement, La nuit de Mai ne m’a pas beaucoup plu…)
    Enfin bref, je te conseille ce recueil à trois milliards de pourcents !

    1. Ah j’en suis ravie. Je te conseille d’essayer, et j’aimerais qu’on en parle un peu plus toute les deux, sincèrement, ce livre m’a laissé dans un profond silence !
      Pour Musset, écoute, je ne peux être que convaincue par ces mots. Alors oui, je le mets d’ores et déjà dans ma WL, et j’irai me le procurer très vite ! « La nuit de décembre » j’aime déjà énormément le titre. Je m’empêche de le chercher sur internet pour les découvrir par les pages !! PAS FACILE !
      Merci beaucoup.
      Bises

    1. Oui ! Faut dire qu’avec les blogs littéraires, la liste s’allonge souvent très vite. En tout cas, Christian Bobin, je pense qu’il faut qu’on approfondisse. Je crois qu’il en vaut le coup (phrase bizarre)

  2. C’est marrant que tu parles de ce livre car un de mes collègues me l’a passé et je l’ai mis de côté. Je pense que je vais pas tarder à le feuilleter…Car tu donnes envie même si je ne suis pas trop réceptive de ce genre de littérature.

  3. Très joli billet et je suis d’accord avec toi, parfois il faut mieux laisser parler l’auteur surtout si c’est un recueil de pensées, de jolis mots ! Je le connais de nom mais jamais lu non plus ! En tout cas, tu sais bien choisir tes livres !

  4. Coucou ! Je t’ai mis un commentaire hier ou avant-hier et je me demande si ça a fonctionné.
    Je te disais que je faisais un petit clin d’oeil à ta magnifique critique dans la mienne.
    Je te disais aussi que je souhaitais lire d’autres Christian Bobin. Peut-être aurait-on pu en lire un ensemble si ça tu es une adepte des lectures communes ? 🙂

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