Les singuliers, Anne Percin.

Les singuliers Anne Percin
Les singuliers Anne Percin

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LES SINGULIERS

Anne Percin 

La Brune
Le Rouergue

366 pages

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« Durant l’été chaud de l888, une communauté de peintres prend pension à Pont-Aven, un village pittoresque du Finistère. Parmi eux se trouvent un jeune Belge, Hugo Boch, issu d’une riche famille d’industriels, et un certain Gauguin, autodidacte à la grande gueule qui croit en son génie. Ils sont de cette avant-garde qui veut peindre autrement, voir autrement, vivre autrement.
Hugo Boch n’est plus très sûr, lui, de vouloir poursuivre dans la peinture: il expérimente du côté de la photographie, cet art naissant. Surtout, il mène une correspondance assidue et les lettres qui s’échangent, entre la Bretagne, Paris et Bruxelles, sont foisonnantes d’anecdotes. Un vent nouveau se lève, en cette fin de siècle, dans les arts mais aussi dans les mœurs et les techniques. Tous ces explorateurs sont des jeunes gens audacieux, émouvant et parfois drôles, sauvages aussi, qui se battraient en duel pour défendre des tournesols peints par un Hollandais, réfugié dans le Midi, que beaucoup considèrent comme un fou et un barbouilleur… Dans Les Singuliers, Anne Percin mêle figures historiques et personnages fictifs pour nous offrit un roman épistolaire bouillonnant. C’est un tableau monumental, qui croque sur le vif l’esprit du temps et nous le rend vivant. »

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Mon avis

Le livre me faisait peur. Il m’a été offert par une de mes amies, le 12 décembre dernier. Il était un des symboles de mes vingt-six années. Elle m’avait expliqué son choix ; me disant comment elle l’avait découvert * et à quel point elle pensait que ce livre était fait pour moi… il ne m’en a pas fallu plus, j’étais effrayée ; effrayée par la double déception – la sienne, si je n’avais pas aimé. La mienne, si je n’avais pas aimé..

J’avais aussi peur qu’il soit trop compliqué, inaccessible à mon petit cerveau (genre de complexe littéraire que je peux avoir…) J’ai eu peur les dix premières pages, puis, les choses se sont améliorées, et j’avais bel et bien entre les mains, un coup de cœur.

Nous nous trouvons donc dans un roman épistolaire, où le jeune Hugo Boch entretient des correspondances avec sa cousine Hazel, et avec Tobias, son ami le plus cher  (certaines autres lettres, plus rarement). Tous sont des artistes; des peintres, principalement. Au fil des pages, on vit avec lui et avec eux; leurs rencontres, leurs doutes, leurs passions, leurs façons de penser. Leurs questionnements, leurs révélations, leurs « quête de soi », leurs évolutions artistiques… On apprend doucement à les apprivoiser, les connaître, les cerner. On nous esquisse le caractère de l’un, puis celui de l’autre. On y côtoie des personnages réels; Gauguin, Van Gogh, Jacob Meyer de Haan. On croise Toulouse Lautrec, et bien d’autres. Le cocktail : personnages fictifs – personnages réels, est finement mené par l’auteure. Elle a fait un travail incroyable; chacun de ses personnages sont profonds, entiers, complets.
On vit avec eux la naissance de la Tour Eiffel, du moulin Rouge, ou même de la photographie. Puis on visite, au fil des saisons, Paris, la Bretagne (Pont-Aven, Le Pouldu), et Bruxelles. On voyage de mille façons….
Dans une émission sur France 5, il était question « des livres qui ont changé votre vie », je crois que celui-ci vient de bouleverser la mienne d’une étrange manière. Ce livre m’a touché; il s’y dégage tellement de poésie et de prose qui me font écho. Ce roman est drôle, intelligent (on y apprend plein de choses), et sublime. J’ai vécu avec ces pirates de la peinture sans pouvoir les lâcher, « maudissant » avec eux l’art académique, confirmant les petites pensées féministes d’Hazel, m’enthousiasmant et rigolant de certaines « lettres » de Tobias. J’ai partagé l’amour pour la peinture et les détails, et ce besoin d’observation si propre à Hugo. Bref, je me suis attachée à ces personnages comme rarement, lors de ces années qui me font tant rêver. Ce livre, au delà de m’avoir touché,  m’a parlé, et ce pour d’innombrable raisons.

J‘ai aimé me poser la question des mots – la liberté qu’apporte une correspondance par rapport à une discussion à l’oral, les yeux dans les yeux : Se peut-il que la plume et le papier soient plus propices aux confidences? La pudeur est-elle reine des discussions? La question est posée. (vous avez deux heures)

Cette chronique est un trop plein d’émotion – sans queue ni tête. Mille questions me trottent dans la tête et vais laisser le temps faire son travail pour voir ce qu’il m’apporte. Je suis, dans tous les cas, heureuse de l’avoir lu ;  ça fait du bien de se rappeler ce à quoi sert la littérature, de temps en temps.

En bref : j’ai passé « deux ans », avec ce monde qui change,  cette ‘évolution des Arts – de la peinture , avec ces personnages qui vieillissent ou grandissent – suivant les pages, et vous conseille vivement de le lire – que vous soyez adepte de peinture ou non. Du genre épistolaire, ou non. Il est accessible à tous, vraiment.

19.5/20

Bonus : de Tobias à Hugo
 » Il a raison, ton Gauguin : il faut s’habituer à l’idée de n’être pas aimé. C’est la deuxième tâche la plus difficile d’un artiste, la première étant d’être absolument soi-même. »

La suite de ce paragraphe dans cette lettre est sublime, mais je vous laisse le plaisir de découvrir. 

/ Ajoutez votre commentaire ici

    1. Ah bah tu vois, je ne connaissais pas l’auteur et ce fut une jolie découverte.

      Si tu le lis, j’espère qu’il aura le même effet… vraiment!

      Ps : je ne sais pas si tu as pu le lire, mais je ne peux définitivement pas mettre de commentaire sur ton blog. Je suis déçue :/

  1. Je découvre ton blog (au hasard de l’un de tes commentaires que tu as laissé sur un autre blog concernant le SdL) . J’aime beaucoup ce que tu écris (j’ai lu plusieurs de tes billets).

    Je dessinais aussi à une époque… tu es vraiment très douée.
    J’aurais bien aimé te suivre sur IG mais c’est un compte privé.

    En tout cas, ta chronique sur ce livre est si jolie que j’ajoute ce livre à ma wishlist. Une des raisons est que mon oncle a un ami qui vit à Pont-Aven et enfant j’y suis allée souvent. Il y a encore beaucoup d’ateliers d’artistes et de toiles à vendre.

    1. Merci pour ce commentaire, vraiment.
      Alors, pour Ig, c’est privé dans l’unique but où je veux quand même pouvoir sélectionner ceux qui me suivent parce qu’il y a des comptes bizarres, aha. Mais tu peux m’ajouter, il n’y a aucun souci.
      Pour ce livre, j’espère que tu l’aimerais autant que j’ai pu l’aimer. Sincèrement, et j’espère que tu viendras m’en donner des nouvelles.
      Tu dessinais à une époque? Mais plus maintenant? Pourquoi? (si ce n’est pas indiscret, bien sûr.)
      Merci encore pour le passage.

      1. J’ai lu tes autres chroniques – je n’ai pas lu Subutex mais j’en entends parler.
        Tu dessines très bien ! Je dessinais pas mal adolescente et étudiante mais je n’étais pas « certaine » de moi et puis le temps passe. Je crois que je liais le dessin à mon père qui était très doué et j’ai rangé mes crayons. Mais je les ressors en voyage (j’ai souvent envie de dessiner en voyage) et récemment j’ai ressorti mes affaires. Tu me donnes envie en tout cas 😉
        Ok pour IG (mon compte theflyingelectra)

        1. Oui, je comprends tout à fait. Tu n’es pas la seule à avoir un rapport, disons, « compliqué » avec le dessin… personnellement, la peinture et moi, on a une relation conflictuelle. Autant j’adore ça, autant ça peut me faire vivre un enfer. Je peux ne pas toucher un pinceau ou un crayon pendant 3 mois, et ensuite ne faire que ça…
          J’espère que si ton envie se concrétise, j’aurais l’occasion de voir ce que tu fais 😉

          1. La peinture, je n’ai jamais réussi à passer le cap même si j’admire ceux qui osent ! Une amie fait des portraits saisissants .. mais je vais peut-être prendre mon courage à deux mains 😉

            Merci !

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