Les eaux troubles du mojito ; Philippe Delerm

558Les eaux troubles du mojito

_Les eaux troubles du mojito
(et autres belles raisons d’habiter sur terre)

Philippe Delerm

Seuil

Nouvelle Contemporaine

110 pages

558

« __« Elles sont nombreuses, les belles raisons d’habiter sur terre. On les connaît, on sait qu’elles existent. Mais elles n’apparaissent jamais aussi fortes et claires que lorsque Philippe Delerm nous les donne à lire. Goûter aux plaisirs ambigus du mojito, se faire surprendre par une averse et aimer ça, contempler un enfant qui apprend à lire en bougeant imperceptiblement les lèvres, prolonger un après-midi sur la plage…»
___ « Est-ce qu’on est plus heureux ? Oui, sûrement, peut-être. On a le temps de se poser la question. Sisyphe arrête de rouler sa pierre. Et puis on a le temps de la dissiper, comme ce petit nuage qui cachait le soleil et va finir par s’effacer, on aura encore une belle soirée. »

« __J’ai ce livre dans ma PAL depuis janvier, c’est dire ! Enfin, j’ai décidé de me lancer, enfin !
Qu’en ai-je pensé alors?

« __« On se sentait si amoureux, parce qu’on ne savait pas danser. Plus tard, on était de ceux qui n’allaient pas en boîte. Et puis voilà. La vie a passé. On se retrouve à un mariage. En général, on trouve ça ennuyeux, ces efforts de conversation avec les cousins de la mariée qu’on ne reverra jamais. Alors quand la musique s’installe, on choisit de danser.»
Danser sans savoir danser

« __Aucun suspens pour cette fois, cette lecture restera mi figue mi ananas. En effet, l’auteur nous narre à travers des mini-nouvelles un quotidien – notre quotidien, même s’il est changeant – bien sûr. Il aborde le sujet des pastèques, de la danse, ce temps suspendu par une averse, les petits bonheurs fabuleux de nos moments banals, ou même encore l’amour. C’est dans l’ensemble très bien écrit, mais…. mais je suis restée plus ou moins spectatrice. C’est joli, poétique, enfantin. Nous visitons Venise, Paris – Bruges. Nous marchons dans les jardins de Luxembourg. Oui, c’est joli. Philippe Delerm, observe, photographie, et nous raconte. 

« __« Le vent vient de la Seine, un peu plus frais. C’est étonnant. Après avoir failli se consumer dans la passion, les danseurs se saluent, se quittent poliment. Marinella s’éloigne du square Tino-Rossi, s’enfonce dans la nuit argentine de Paris. »
Tango sur scène

« __J’ai eu une nette préférence pour quatre de ces nouvelles : elles savent, où il parle des femmes qui font leur chignon dans la voiture. Puis, il y a Les virtuoses du passage ; ces joueurs de piano dans les gares. Sans oublier ; Sourires au vol, Et, pour finir, la plus belle d’entre toutes : Les cadenas sont d’or, dont je vous mets l’extrait ci-dessous, puisqu’elle sera mon coup de cœur.
Si je devais résumer ce qu’est Les eaux troubles du mojito, je dirais avant tout qu’il s’agit d’un livre sans prétention, mais surtout – et principalement, un hymne à la vie ; la vie dans ce qu’elle a de plus simple. Ces petits riens 
enchanteurs. Ces petits moments qu’on vit, et qu’on oublie, hélas, bien souvent de regarder. Ces petits moments qu’on vit, et qui mériteraient qu’on s’y attarde un peu plus, mais pour lesquels nous ne faisons rien-  ou pas grand chose. Le seul réel effet qu’à cette lecture sur nous – ou sur moi, c’est de se mettre à réfléchir à ce que nous pourrions écrire si nous devions faire l’exercice à sa place… et c’est inspirant. C’est déjà ça.

« __« On a souri d’abord. Quelques cadenas disséminés sur le parapet du pont des Arts. Des initiales, une date gravée ou bien écrite au feutre indélébile, sur le métal. Une idée d’amoureux qui paraissait originale. Fixer dans le fer, sur l’acier, une promesse d’attachement éternel. Sur la Seine, qui s’écoule et ne tarit pas, loin du pont Mirabeau, de la mélancolie d’Apollinaire. Dans la lumière de Paris, où passent les passants à l’infini. On regardait sans regarder, on regardait l’idée, on souriait.
[…]
En cinq ou six années, beaucoup de ces amours se sont évanouies sans doute, mais c’est bien comme ça, la trace en est restée, dans la rumeur des voies sur berge qui monte vers les ponts comme une brume. Est-ce vraiment si lourd, de vouloir pour l’amour un peu d’éternité? Les cadenas d’amour sont d’or, le soir ou le matin : il n’est rien de plus léger que la lumière. »
Les cadenas sont d’or

« __Je suis littéralement tombée amoureuse de cette nouvelle-ci, ou ces passages – puisque je l’ai coupé pour le blog.
Je serai capable de l’envoyer à tout mon répertoire téléphonique !
N’est-ce pas merveilleux?

« __Conclusion : c’est un livre bonbon; très joli, bien pensé, bien écrit, doux et délicat. Mais il ne faut pas s’attendre à plus. Tendre est la vie cruelle, que voulez-vous !
Monsieur Delerm, sans nul doute, je vous laisserai une seconde chance. 

« __★★★

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    1. Ahah ! T’es trop mignonne ! Je dois t’avouer que j’aimerais beaucoup avoir ton avis. En effet, il y a des titres où je suis certaine qu’ils sont « faits » pour toi, mais d’autres, moins… et celui-ci, je ne sais pas. Gros point d’interrogation !

  1. Amusant car mon amie (qui lit moins que moi et par périodes) est en train de le lire, et me dit un peu la même chose (j’ignore quelles nouvelles elle a déjà lues par contre), donc ton mi raisin mi ananas confirme mon a priori. Pour tout te dire, j’ai redécouvert les petits plaisirs en reprenant un chien, je prends ainsi le temps, dans les parcs, de regarder les fleurs, les arbres et même comme hier de repérer les oiseaux, comme cette mésange qui chante ou ce midi, en allant avec une collègue sur l’ile de Versailles et croiser en retour le héron installé sur une péniche.

    1. Ah c’est rassurant de voir qu’ici ou là, on pense comme moi.
      Oui, ça fait du bien de temps en temps (qu’importe ce qui en est la cause) de retrouver ces plaisirs du « Rien », ou des choses les plus simples !
      Comme toi, je m’émerveille de peu depuis mon déménagement…. mais combien de temps ça va durer? I dont know!

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