La poésie, les amis ; Boris Vian

Boris Vian 1956 - Paul Almasy
Boris Vian – 1956 – Paul Almasy

Après la quasi unanimité de Baudelaire, aujourd’hui, il est question de Boris Vian.
Je ne sais pas comment le dire mieux, mais ce petit livre,
« Je voudrais pas crever », je l’aime d’amour – d’amour!!!

« Poème d’un homme jeune qui se sait bientôt condamné, donne son titre  un recueil de 23 poèmes publiés après la mort de Boris Vian (1920 – 1959), et dont l’édition de 1962 a marqué, avec quelques romans et nouvelles, le début de sa gloire posthume. N’était-ce point d’ailleurs une sorte de « chanson du néant »? »
Quatrième de couverture

Certains poèmes me font sourire, d’autres m’émeuvent. Puis, je suis parfois envieuse.
Je voulais justement choisir le poème du même titre que le recueil, mais, je décide de le garder pour plus tard – pour un article un peu spécial.

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UN DE PLUS

Un de plus
Un sans raison
Mais puisque les autres
Se posent les questions des autres
Et leur répondent avec les mots des autres
Que faire d’autre
Que d’écrire, comme les autres
Et d’hésiter
Et de chercher
De pas trouver
De s’emmerder
Et de se dire ça sert à rien
Il vaudrait mieux gagner sa vie
Mais ma vie, je l’ai, moi, ma vie
J’ai pas besoin de la gagner
C’est pas un problème du tout
La seule chose qui en soit pas un
C’est tout le reste, les problèmes
Mais ils sont tous déjà posés
Ils se sont tous interrogés
Sur tous les petits sujets
Alors moi qu’est-ce qui me reste
Ils ont pris tous les mots commodes
Les beaux mots à faire du verbe
Les écumants, les chauds, les gros
Les cieux, les astres, les lanternes
Et ces brutes molles de vagues
Ragent rongent les rochers rouges
C’est plein de ténèbre et de cris
C’est plein de sang et plein de sexe
Plein de ventouses et de rubis
Alors moi qu’est-ce qui me reste
Faut-il me demander sans bruit
Et sans écrire et sans dormir
Faut-il que je cherche pour moi
Sans le dire, même au concierge
Au nain qui court sous mon plancher
Au papaouteur dans ma poche
Ni au curé de mon tiroir
Faut-il faut-il que je me sonde
Tout seul sans une sœur tourière
Qui vous empoigne la quèquette
Et vous larde comme un gendarme
D’une lance à la vaseline
Faut-il faut-il que je me fourre
Une tige dans les naseaux
Contre une urémie du cerveau
Et que je voie couler mes mots
Ils se sont tous interrogés
Je n’ai plus droit à la parole
Ils ont pris tous les beaux luisants
Ils sont tous installés là-haut
Où cest la place des poètes
Avec des lyres à pédale
Avec des lyres à vapeur
Avec des lyres à huit socs
Et des Pégases à réacteurs
J’ai pas plus petit sujet
J’ai plus que les mots les plus plats
Tous les mots cons tous les mollets
J’ai plus que me moi le la les
J’ai plus que du dont qui quoi qu’est-ce
Qu’est, elle et lui, qu’eux nous vous, ni
Comment voulez-vous que je fasse
Un poème avec ces mots-là?
Eh ben tant pis j’en ferai pas.

 

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  1. Hello !
    Il est vrai que je ne m’intéresse pas de près à l’oeuvre de Boris Vian, bien qu’ayant lu quelques unes de ses productions, mais maintenant, j’ai envie de voir ça de plus près. Ca me permettra également de moderniser son répertoire !
    Son style est très entrainant. C’est très profond également.
    Merci de la découverte !

    1. Hi.
      Je dois t’avouer que je m’y suis intéressée suite à ma lecture de « l’écume des jours ». Et je le préfère dans cet exercice là, peut-être parce que ça me parle davantage.
      Entraînant, c’est le mot. Je trouve qu’il a un rythme incroyable; j’adore le lire à voix haute (chose qui m’arrive rarement).

      Avec plaisir. J’espère que tu aimeras ce que tu découvriras de lui.

      À bientôt.

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