La poésie, les amis ; Baudelaire

Collection Folio , Gallimard

Si vous me lisez depuis un moment, vous savez que certains auteurs – ou poètes, reviennent souvent dans ce blog – à travers quelques anecdotes ou réponses de tags.
Aujourd’hui, et pour ce deuxième article Jeudi en Poésie, il est question de celui dont sa Pléiade s’exhibe fièrement dans ma bibliothèque, Charles Baudelaire.
Croyez-moi, le choix n’a pas été évident… entre Chanson,  Le spleen, Le vieux saltimbanque,
un hémisphère dans une chevelure, ou encore Enivrez-vous – qu’on ne connait que trop bien -,  je ne savais plus lequel je devais, ou voulais, vous exposer.
Finalement, à bien y penser, celui-ci revient sans cesse dans mon esprit :

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Le spleen de Paris – Petits poèmes en prose

XXXVI

LE DÉSIR DE PEINDRE

Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire !
Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur, emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu !
Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.
Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au  fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée!
Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

Et vous, qu’auriez-vous choisi?

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  1. J’aurais choisi « Enivrez-vous » 🙂

    Aller, je le mets pour le plaisir:

    **Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »**

  2. Hello !
    C’est vraiment rare de trouver des gens qui aiment la poésie.
    Je pensais être la seule, avec une autre bloggeuse à avoir un tel RDV. ( le mien se nomme d’ailleurs La Poésie du Jeudi ! )
    Pour moi, c’était indispensable d’avoir une telle rubrique sur mon blog, d’ailleurs, elle existe depuis sa création, c’est pour dire !!

    Baudelaire écrit des textes exceptionnels, c’est un génie dans son domaine. Il faudrait d’ailleurs que je me mettes à lire ces poèmes en proses ! (Merci du rappel !)

    Je vois que nous avons les mêmes gouts, c’est vraiment cool.

    Si ça t’intéresse, je te mets le lien de la liste des poésies publiées sur mon blog :
    http://l-ame-des-mots.blogspot.fr/p/la-poesie-du-jeudi.html

    En attendant ton choix de la semaine prochaine,
    Eden

    1. Hello Hello..

      Et bien comme quoi.. le hasard fait bien les choses – ce rendez-vous aurait pu être n’importe quel jour de la semaine, mais l’envie d’exposer Rimbaud est venu jeudi dernier. Aha.

      Je suis assez contente que ces deux premiers articles fonctionnent assez bien sur le blog. Du coup, je prends un certain plaisir à faire mes choix de poèmes – et le prochain est déjà écrit (surpriiiise). Sans oublier que l’idée principale est de donner envie aux gens d’en lire davantage. Alors quand tu me dis que tu as envies de te plonger dans ses poèmes en proses; je suis la plus heureuse du monde 🙂

      Je vais de suite voir tes articles 😉

      Merci du commentaire et du passage.

  3. Aaaah Baudelaire… Je n’apprécie pas vraiment la poésie, seulement quelques poèmes par-ci, par-là, mais Baudelaire… Baudelaire c’est autre chose. Baudelaire est au-dessus des autres, alors je ne peux qu’approuver ce « jeudi c’est poésie » 😀

  4. Salut ! Je trouve que c’est une très bonne idée tes jeudis lectures…. Je te la piquerai peut être ( pas faire un jour spécial chaque semaine, mais penser à partager un peu de poésie de temps en temps, pour changer des romans.)
    J’adore Baudelaire aussi, même si on nous à bassiné avec lui tout le long de notre scolarité ça reste génial. Je ne sais pas quel poème je préfère (tous!) mais j’aime beaucoup hémisphère dans une chevelure, avec une préférence pour celui en prose 🙂

    1. Hello. Tu as raison, moi aussi j’aime faire d’autres choses que des chroniques sur des romans. Ca donne un peu plus de fraîcheur au blog, je trouve.
      Je comprends que tu aimes celui-ci, moi aussi il fait parti de mes favoris, par contre, j’ai eu de la chance, je l’ai très peu étudié à l’école, donc j’ai fait aucune overdose.
      Merci du passage. 🙂

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