Juste avant l’Oubli ; Alice Zeniter

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Juste avant l’Oubli

Alice Zeniter

Albin Michel – Flammarion

Roman

287 pages

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« Il règne à Mirhalay une atmosphère étrange. C’est sur cette île perdue des Hébrides que Galwin Donnell, maître incontesté du polar, a vécu ses dernières années avant de disparaître brutalement – il se serait jeté du haut des falaises. Depuis, l’île n’a d’autre habitant qu’un gardien taciturne ni d’autres visiteurs que la poignée de spécialistes qui viennent tous les trois ans commenter, sur les « lieux du crime », l’oeuvre de l’écrivain mythique. Cet été-là, Émilie, qui commence une thèse sur Donnell, est chargée d’organisée les Journées d’études consacrées à l’auteur. Elle attend que Franck, son compagnon la rejoigne. Et Franck, de son côté, espère que ce voyage lui donnera l’occasion de convaincre Émilie de passer le restant de ses jours avec lui.
Mais sur l’île coupée du monde rien ne se passe comme prévu. Galdwin Donnell, tout mort qu’il est, conserve son pouvoir de séduction et vient dangereusement s’immiscer dans l’intimité du couple. »

Mon avis

Pour dire vrai, ce roman n’était pas ma priorité en cette rentrée littéraire… Le passage d’Alice Zeniter dans La grande Librairie fut décisif ; il y avait quelque chose d’intrigant dans ce livre. Le côté polar, le côté histoire d’amour, le côté thèse. (Ou étais-je trop intriguée par Joël Dicker, et j’ai tout confondu! C’est fort possible aussi…)
Le premier chapitre s’ouvre avec un extrait du roman de Galwin Donnell (écrivain fictif), maître du polar. Ensuite, vient Franck. Franck, un jeune homme infirmier amoureux de son travail et d’Émilie, qui, au passage, déteste son prénom. D’ailleurs mon premier réflexe fut de noter ceci : « incompréhension vis-à-vis du prénom Franck ». Personnellement, je ne le trouve pas si terrible, et je ne comprenais pas l’intérêt à l’histoire. Bref. De Franck, nous faisons la connaissance d’Émilie, avec qui il vit depuis 8 ans (ou 7), jeune femme qui décide d’arrêter d’enseigner au collège pour faire la fameuse thèse (sur Donnell), alors que Franck, lui, avait pour projet, ou envie, de faire un enfant (vous pouvez respirer). C’est ainsi qu’ils vont se retrouver  sur cette île isolée du monde (où Donnell a passé ses dernières années) ; l’une pour préparer un colloque sur l’auteur, l’autre pour soutenir sa compagne. 

« Franck pouvait imaginer que la beauté, si on ne la partageait avec personne, devenait peut-être une immense douleur. Que la vanité de tout finissait par vous heurter en pleine face. Qu’être seul revenait presque à ne pas exister et à ne rien voir au bout du compte. »
p.124

Que dire? C’est une lecture mi figue mi ananas. Entre Polar et roman psychologique. C’est dans l’ensemble bien écrit, je dois le dire. Et l’idée de plusieurs livres dans un seul ; l’histoire de Donnell : son oeuvre, qui est-il, que lui est-il arrivé? L’histoire du couple ; ses questionnements, ses problèmes, son temps, son chemin qui se croise pour se séparer ensuite. Le sujet de la thèse et son environnement. Les trois, ensemble, forment un cocktail qui fonctionne très bien. Il faut le dire, Alice Zeniter, a parfaitement su créer un monde autour de ce Galwin Donnell, a su créer une oeuvre entière. Là, chapeau! Sauf que, bien sûr j’ai compris qu’elle faisait référence au polar sous bien des aspects, d’abord dans une oeuvre littéraire, mais aussi en le mêlant aux couples et l’histoire de ce couple ; cherchant l’Anxiogène dans l’évolution d’une relation… mais à mes yeux, il manque quand même une certaine profondeur dans certaines parties pour que tout ceci soit parfaitement réalisé. J’ai ensuite eu un gros problème avec Émilie, ne la trouvant en aucun cas attachante. Quant à Franck, c’est peut-être plus aisé de l’apprécier, certes, mais une distance persiste. C’est bien dommage. Malgré cela, j’ai aimé que l’auteur aborde la fascination (et ceci est un grand mot) qu’exerce un auteur sur un lecteur ou sur les universitaires. J’ai aimé la question de la jalousie vis-à-vis de ces gens, qui, rien que par leur présence, émanent d’une attraction, d’une force, d’une lumière – n’étant pas tous égaux face à cette prestance (avouons-le). J’ai aimé tout ceci, mais ça reste assez inégal, malheureusement. Nous voyons les choses venir trop facilement, et même si la fin m’a surprise (un peu), je ne suis pas totalement convaincue. 

Et quand Émilie et lui s’étaient installés dans leur premier appartement (un minuscule deux-pièces, au 50, rue Albert-Thomas), ils s’asseyaient parfois dans le canapé du salon et ne faisaient rien d’autre que regarder en souriant le lieu qu’ils habitaient désormais ensemble, un lieu qui leur parlait d’eux et de leur couple, à la fois dans les vêtements mêlés sur le dossier de chaises, les photos punaisées sur les murs et les odeurs de lessive, de sexe, de toasts et de cigarette qui se confondaient jusqu’à n’en former qu’une qu’ils avaient identifiée comme la leur, comme étant l’odeur de leur histoire ou de leur être double. 
p.72

Conclusion : c’est un livre que je recommande pour ces sujets, et pour l’univers qu’à su créer l’auteur, mais je ne suis pas entièrement convaincue pour vous assurer un coup de coeur.

Je vous laisse avec une excellente chronique de ma copinaute
Au bordel Culturel

★★★

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  1. Aaah, te revoilà ! Je pensais justement à toi 🙂
    Dommage qu’il ne t’ai pas plus plu 🙁 Mais il a l’air interessant tout de même !
    Mi figue mi ananas, haha…
    Bisous 🙂

    1. Tu pensais à moi? C’est mignon ! Me revoilà, ENFIN ! Et j’ai du retard à rattraper 🙁 (sur vos blogs)
      Oui, il y a quand même de bonnes choses, faut rendre à César ce qui est à César (expression pourrie)
      Bisous !

      1. Oui, j’ai pensé à toi dimanche parce que je préparai le Tag être avec ses livres. Et puis, aujourd’hui je me suis dis « Tiens, ça fait un moment que je n’ai plus vu un de ces article ^^ »…
        J’adore les expression du genre… La pire pour moi est « C’est le jeu, ma pauv’ Lucette ! » Haha

  2. Le résumé est prometteur, et ce que tu dis de l’atmosphère du récit est plutôt attirant, mais je ne suis pas sûre que ce soit un livre pour moi.
    Mais grâce à toi je saurais désormais de quel livre il s’agit si j’en entends parler ^^

  3. Je suis ravie que tu ais apprécié ce petit roman, malgré quelques points négatifs. Comme toi, « j’ai eu un gros problème avec Emilie ». En effet, elle n’est pas attachante et elle m’a tellement agacé ! J’avais parfois envie de l’étrangler (oui carrément) et de secouer Frank en lui demandant ce qu’il pouvait bien faire avec elle.
    Merci pour le lien et pour « l’éloge » de ma chronique 🙂
    Des bisous !

    1. Clairement, elle peut être horripilante. Franck est fou amoureux, et comme dit l’expression, un peu aveuglé… mais c’est vrai qu’à certain moment je me suis dit : mais mec, fait quelque chose !!!
      Je t’en prie. C’est bien normal.
      Des bisous.

  4. Hum hum, je t’avoues que voir le nom de Dicker associé à ce roman me rebute… beaucoup. Je suis en train de lire son Affaire Québert ( que tu as adoré je le sais ) mais pour moi, ça ne le fait pas du tout. Je l’expliquai ) carnet parisien, mais je n’y trouve rien de novateur et je m’ennuie complètement. J’ai l’impression que Dicker a voulu mélanger tout ce qui plait au public dans l’intention d’écrire le roman parfait ( romance, suspens, un peu de sordide, humour etc )
    Toutefois, j’aime bien Marcus ( même beaucoup), et surtout dans ses travers. Des passages m’ont marquée, mais le reste… Et surtout, je trouve les dialogues d’un grand vide. Bref, étant amatrice de polars, celui-ci me laisse de marbre.
    Assez parlé de Dicker, et revenons à nos moutons ( expression très pourrie ).
    Juste avant l’oubli pourrait me plaire pour toute cette ambiance, mais si les personnages ne sont pas attachants…

    1. Bah, j’ai deux fois le même commentaire. aha.
      Je comprends pour Dicker, c’est vrai que les amateurs de polar sont du même avis que toi. (Je pense ici à Electra 😀 , et aussi mon meilleur ami). Je crois qu’il faut être comme « moi » pour apprécier, même si tout le monde peut aimer Marcus, tu en es la preuve 😀 Mais assez parlé de Marcus et de Dicker, je l’ai bien trop fait !
      Pour celui-ci, les personnages ne le sont pas, à mon sens, mais tu sais comment ça fonctionne en littérature, ça marche avec certain, pas avec d’autres. Essaie, peut-être que ce livre est fait pour toi 🙂

      1. Oh oui, bon je crois que j’étais plus mitigée (quoique) mais j’avais trouvé les mêmes défauts ! ça me rassure de ne pas être la seule (car je fais partie de la minorité) mais tu m’as donné envie de lire son dernier roman ! Pour celui-ci, l’histoire est intrigante surtout le thème de la fascination pour un auteur mystérieux (comme moi et ce cher JD Salinger) mais des personnages peu attachants me font fuir !

        1. Plus mitigée, je ne sais pas, plus virulente, c’est certain. Mais en effet, vous avez globalement le même avis. Et je le comprends très bien (oui, je suis ouverte d’esprit les amies !)
          Oui, dans Juste avant l’Oubli, ce thème ci est intéressant, bien qu’en retrait.. et je confirme pour les personnages, après, comme je le dis dans d’autres commentaires, avec toi, ça peut fonctionner. Je ne sais pas.

    1. Je comprends entièrement, et je ne peux pas t’en vouloir. (J’ai tellement pris l’habitude de l’utiliser au quotidien qu’après m’avoir regardé bizarrement… mes proches l’utilisent eux aussi.:D )

  5. La couverture me paraît bien mystérieuse… Et autant je me sentais intriguée par le passage de l’auteure dans La grande librairie, autant en lisant le résumé bof bof. Ton avis me refroidit aussi, donc je ne pense pas tenter finalement.
    des bisous <3

    1. Oui, le bandeau est mystérieux et joli. Je comprends entièrement ton commentaire. Pour ma part, même la quatrième m’intriguait, mais…. je suis passée un peu à côté. Tant pis. Il y aura d’autres livres 😉
      Des bisous.

  6. L’histoire ne m’attire pas énormément alors si en plus elle a eu cet effet « mi figue mi ananas » sur toi, je sens que je vais passer mon chemin pour celui-là 🙂 Enfin, on verra. Si jamais je le trouve à la bibliothèque, je me laisserai peut-être tenter.

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