Et elle me parla d’un érable, du sourire de l’eau et de l’éternité ; Antoine Paje

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Et elle me parla d’un érable, du sourire de l’eau et de l’éternité.

Antoine Paje

Fleuve Éditions

Roman

302 pages

Certaines minutes de notre existence sont cruciales

__« Du point de vue des critères de la société d’aujourd’hui, Alexandre Khraunos a tout pour être heureux. Il cumule un physique avenant, une excellente situation professionnelle, et il vient de trouver un agréable appartement à louer dans un immeuble tranquille de la capitale. Dorloté par Élise Beauregard, sa voisine qui lui mitonne des petits plats, il semble épanoui.
Mais lorsque la vieille dame douce et charmante meurt seule à l’hôpital, il commence à prendre la mesure du désert affectif qu’est en réalité sa vie, et surtout son manque évident d’attention aux autres.
Hormis son cousin avec qui il a été élevé par sa tante Catherine après le décès de sa propre mère, il n’a personne. Il décide un jour de reprendre contact avec un ancien camarade de classe, Guillaume, qu’il découvre père de famille et marié à une femme remarquable : Emma. Grâce à ce couple aussi amoureux que bienveillant, Alexandre va peu à peu se mettre à l’écoute des minutes décisives qui vont changer son existence de manière radicale…. »

Mon avis

__Dans mon bilan 2015, j’ai choisi cinq livres à retenir, dont le fameux Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne, d’Antoine Paje.  J’avais conclu ma chronique en disant ceci : « Livre initiatique. Combat face à certaines fausses peurs. Ode à l’amour et à l’amitié. Chant à la réconciliation avec Soi. C’est une douceur à lire, comme une jolie couverture à regarder. » Plutôt élogieux, n’est-ce pas? Alors croyez-moi, j’espérais autant – voire plus, avec ce livre-ci, et ce, malgré une couverture qui me plaisait (plaît) moyen moyen (Je préfère les fleurs de cerisiers que voulez-vous…)
__Qu’en est-il alors? 

__Le livre s’ouvre sur une introduction où Antoine nous parle d’Elise Beauregard, mais surtout, sur ce qu’elle lui a offert. Elle lui a donné, je cite : « deux pénibles mais précieux cadeaux ». D’abord un remord, ensuite l’importance de certaines minutes dans nos vies. Voici donc le sujet du livre : les minutes décisives.
« Antoine décida d’accorder de l’importance aux minutes. De montrer dans le train de sa vie au lieu de la regarder passer et s’éloigner. Il comprit que dans l’immense défilé des minutes, parfois répétitives et ennuyeuses, se cachent les minutes d’éternité, celles qui nous offrent les nouveaux aiguillages d’une vie. »
__
Pour se faire, il va mettre en scène Alexandre Khraunos; un cadre parisien, ayant une vie tranquille, je dirais même, enfermé dans un quotidien sans risque. Mais un jour, il va faire la rencontre de sa voisine, une vieille dame douce et chaleureuse, et de cette rencontre – suivi de ce décès, va doucement naître un changement de vie.
L’histoire se déroule de l’année 2007 à l’année 2012. Cinq années où des minutes comptent. Cinq années pour se remettre en cause et en questions. Cinq années pour entendre, et voir. Cinq années pour apprendre à s’ancrer dans le présent et dans la réalité. 

_« Quand tu fais la liste des coïncidences qu’il a fallu pour se trouver à cet instant,
à cet endroit précis, tous les deux, c’est insensé! »

p.126

__Je dois avouer que la construction du roman, puisque à la fin de chaque chapitre Antoine Paje nous parle de ce qu’Alexandre Khraunos vient de vivre, m’a un peu… déboussolé!
En effet, c’est une construction originale, notons-le, mais qui, hélas, n’a pas (du tout) fonctionné sur moi. Pourquoi, allez-vous me dire? C’est simple, parce que j’aurais aimé un véritable Roman (note pour moi même : mais qu’est-ce qu’un véritable roman?). Un roman où le message de l’auteur soit dit, ou écrit, de manière subtile. Oui, j’aurais aimé que l’auteur m’amène à réfléchir en Subtilité. Là, j’avais l’impression avoir affaire à un décortiqueur d’histoire… comme si, à la fin de chaque chapitre, nous nous retrouvions autour d’une table à parler de ce qu’il venait de se passer dans la vie d’Alexandre. Pourquoi pas après tout, l’auteur à un capital sympathie et a ce pouvoir de « créer des liens », mais ça a surtout créé une distance entre l’histoire d’Alexandre et moi. Je n’ai pas pu m’y attacher ou être complètement dans le propos. J’étais totalement spectatrice, et à côté des pages. Je crois qu’il aurait été préférable, à la rigueur – et pour moi, que ce soit fait en une seule et une unique fois, à la fin du livre par exemple. Parce que oui, je suis perplexe. Je suis perplexe et c’est dommage!
C’est dommage parce que c’est un plaisir de retrouver Antoine Paje ; sa plume, son humour, ses réflexions. J’aime ce qu’il propose et j’aime le thème qu’il a choisi pour ce roman-ci. J’aime l’idée de ces fameuses minutes, j’aime ses divagations, j’aime sa philosophie. Vous voyez, j’aime beaucoup beaucoup de choses. Et oui, j’ai aussi noté énormément de passages. Mais hélas la construction m’a perdue. J’ai trouvé que l’illustration du propos, plus les explications, donnaient une certaine lourdeur au texte. Je comprends ce que l’auteur a voulu faire, oui, je le comprends, mais je n’avais pas envie d’un livre à proprement parlé Philosophique, de « bien-être », ou leçon de vie (je ne sais jamais comment les appeler). Non, j’avais envie d’un roman qui m’amenait à la réflexion, qui mettait la vie d’Alexandre en parallèle à la mienne – entre les lignes, en douceur. J’avais envie de ce roman-ci : un roman qui m’amène à cogiter, à me perdre, pour me retrouver, et qui me fasse sourire aussi. Je ne l’ai eu qu’à moitié, et je suis déçue.

Le génie humain se concentre en peu de mots : se relever un jour, avancer. Encore et encore et toujours.
Plus ou moins vite, plus ou moins facilement, en dépit des coups, des plaies, des douleurs. Il consiste aussi à analyser.  « Après une faute, la véritable faute consiste à ne pas la corriger. »
p. 121

__Je suis déçue parce que j’avais énormément d’attente envers ces 302 pages, mais attention, vous savez comment ça fonctionne avec moi… quand je suis déçue, j’en fais des montagnes!  D’autant plus que la déception n’est possible qu’à partir du moment où l’on aime, sinon il ne s’agit que d’indifférence, et je ne suis pas indifférente. Non, non! J’aime ce que propose l’auteur. Bien sûr que certains aspects du livre m’ont marqué, et bien sûr j’espère que certaines choses auront été acquises et « apprises ». C’est parce que j’ai trop aimé le premier que je suis tristounette, ne m’en voulez pas. Et ne retenez que ceci : c’est un assez bon livre, pour preuve je lui donne 3 étoiles, et je suis convaincue que beaucoup d’entre-vous pourront l’aimer, il faut juste essayer de se séparer du précédent (ce que je n’ai pas su faire), et adhérer au concept.

★★★
Très jolie chronique, aussi plus positive. 

Ps : à noter que les dernières pages sur les blogueurs sont des fraises tagadas en papier. ♥ Surtout quand il dit ceci (il parle de lettre) : « Le support y était aussi pour quelque chose. Cela devient rare de recevoir une lettre manuscrite. […] Cependant, aujourd’hui, cela se transforme en surprise, en une sorte de gracieux effort. Le mail peine à révéler l’humeur du (de la) correspondant(e). Du coup, on ajoute des émoticônes pour s’éviter la gaffe ou le gros quiproquo. Hello : là, je ris/là, je fais la gueule/là, je suis triste ! »

Oui, écrivez des lettres ! 

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    1. Oui, il y a de très bonnes choses dans ce roman, vraiment. Essaie à l’occasion, je suis certaine que c’est un auteur qui pourrait te plaire.
      L’écriture est bonne, c’est le choix de la construction qui me laisse perplexe. 🙂
      Des bisous mademoiselle.

  1. Je l’ai lu en LC le mois dernier et je tombe sur le même avis que toi. J’aurais préféré un « vrai » roman où je réfléchis subtilement sur le sens des minutes plutôt qu’un chapitre et une explication chaque fois, surtout que les interventions d’Antoine deviennent de plus en plus longues au fur et à mesure du roman.
    Bises

    1. Oui, je viens de lire ta chronique et en effet, je crois que nous avons le même avis, comme celui de « La tête dans les livres », d’ailleurs. C’est assez rassurant en un sens. Néanmoins, je crois que tu n’as pas lu le premier, tu devrais essayer, je l’ai beaucoup aimé, et tu y trouveras plus le côté « roman » qu’il manque à celui-ci – si jamais tu as envie de retenter avec l’auteur.
      Bisous bisous

    1. Oui, définitivement je rejoins ton avis.
      Je comprends que tu sois frileuse, mais sincèrement, je te le conseille parce que je l’ai beaucoup aimé. Après, même s’il est plus « roman », il reste initiatique et philosophique.

  2. Hello ! Désolée de voir que ta lecture n’a pas été comblée,surtout que tu en attendais beaucoup s’agissant d’un auteur que tu aimes. Ta chronique est claire et comme toi, ce choix constructif aurait sans doute le même effet sur moi : une distanciation avec les personnages or si j’adore la fiction, c’est qu’on peut s’attacher à un personnage. Apparemment, il a n’a pas su opter pour l’essai, a souhaité quand même illustrer son propos avec une histoire, et au final il pond quelque chose de bancal. Zut alors ! Mais moi j’adore te lire ! 🙂 donc pour ça je dois le remercier

    1. Hello.
      Commentaire qui frôle la perfection !
      Tu as tout dit ! C’est dommage, mais j’ai confiance au prochain (espérant qu’il y ait un prochain, bien sûr)
      Merci de venir me lire, toujours !
      C’est un plaisir de te savoir par ici.

  3. Je ne savais pas que tu avais lu ce livre 🙂 J’adore la couv, pourquoi ne l’aimes-tu que moyen moyen ? ^^ dommage que tu aies été déçue, ça rejoint la majorité des chroniques que j’ai lues sur l’ouvrage. Du coup, je ne tenterai pas. Et oui, ECRIVONS DES LETTRES ! <3

    1. Si si, j’avais tant aimé le premier, je voulais retenter l’expérience. Je pense le (l’auteur) lire à nouveau (s’il y a un troisième).
      Pourquoi? Je ne sais pas, je la trouve trop « graphique » peut-être, ou trop bleu. Ce bleu et ce rond rouge, ça ne va pas à mes yeux. aha
      Oui, de celles que j’ai pu lire, nos avis se rejoignent. Hélas.
      Oui, d’ailleurs écrivons-nous !

  4. J’aime beaucoup le titre ainsi que la couverture, mais je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais osé sauté le pas. Peut-être la peur d’être déçue. Je vais suivre tes conseils, et me tourner d’abord vers « Et il me parla de cerisiers… ». Ensuite on verra 🙂

    1. Oui, je pense qu’il est préférable de commencer par le premier, puis ensuite, je ne peux que conseiller d’essayer celui-ci -malgré ma chronique en demie-teinte. Je reste convaincue qu’il peut plaire. 🙂
      Des bisous. 🙂

  5. J’ai lu son premier roman il y a peu, et je n’ai pas accroché… il y quelque chose que je n’ai pas saisi dans sa façon d’écrire, et dans le thème 🙁 donc je n’ose pas lire d’autres romans de lui dommage car j’avais beaucoup d’attentes

    1. Je comprends entièrement. C’est vrai que j’avais adoré le premier, et j’espérais la même chose pour celui-ci, il est sensiblement différent mais similaire sur bien des points (note la phrase…) alors peut-être que tu pourrais aimer, mais ce fut une déception pour moi.

    1. Ah moi j’avais beaucoup aimé le premier, comme tu le sais. Du coup, je me permets de te déconseiller celui-ci puisque à mon sens, il manquera encore plus de « profondeur » que le premier.

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