Écrire ; Marguerite Duras

zkodzkodÉcrire – Marguerite Duras

Folio – Autobiographie – 123 pages

« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale
et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »

p.20

__________________________

__« Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit. »

« Moi, je ressemble à tout le monde. Je crois que jamais personne ne s’est retourné sur moi dans la rue.
Je suis la banalité. Le triomphe de la banalité. »

p.37
(Ce passage m’a fait sourire, parce que j’ai écrit plus ou moins la même chose sur ma personne..
Solidaire l’amie, solidaire !)

__Quel texte absolument étrange. Ce petit livre publié chez Folio de 124 pages, découpé en cinq parties : Écrire, La mort du jeune aviateur anglais, Roma, Le nombre pur, et L’exposition de la peinture, est tantôt absolument passionnant tantôt déroutant. Si Écrire m’a enthousiasmée, intéressée, touchée, et même interpellée, les quatre autres m’ont apportées un peu plus de distance. Ceci étant dit, un certain charme se dégage de Roma ou encore de L’exposition de la peinture. Une certaine poésie s’évapore de ces lignes, mais ce serait mentir que de ne pas parler de cette certaine violence, ou encore ce certain désespoir, qui conjuguent la majeure partie de cet écrit. La solitude, la mort, l’alcool parfois, l’obscur, rythment ligne après ligne, même si, bien sûr, il en ressort de l’Amour, toujours l’Amour.
Duras d’une plume concise écrit une vérité, ou l’Honnêteté, et c’est peut-être ce qui m’a le plus plu. Je ne vais pas le cacher, j’ai été aussi quelques fois perdue, parce qu’hélas, premier livre de l’auteur dans mon esprit – L’amant m’attend sagement -, et elle fait référence à plusieurs de ses ouvrages dont je n’ai pas les codes. Mea culpa.

« Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on n’écrit pas. »
p.18

Je ne vais pas m’attarder sur les quatre autres parties puisque la première aura été un coup de coeur. Je pense que ces 40 pages peuvent être, chacune, des citations à elles seules (cette phrase est-elle française? Qu’importe). Je n’ai cessé de noter et de noter. Je pense que chaque personne aimant la littérature, et pour certains même, ceux qui écrivent – qu’importe toujours le but et le pourquoi  – se reconnaîtra dans ces mots. Puisque oui, on se sent concerné. L’éloge qu’elle en fait – enfin pouvons nous parler d’éloge? sais pas – est sublime. Chaque terme est ressenti et juste. ___Le mieux, je pense, sera de vous laisser sur ces quelques extraits :

« C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. »
p.28

« Un livre ouvert c’est aussi la nuit. »
« Je ne sais pas pourquoi ces mots que je viens de dire me font pleurer. »
« Écrire quand même malgré le désespoir. Non : avec le désespoir. Quel désespoir, je ne sais pas le nom de celui-là. Écrire à côté de ce qui précède l’écrit c’est toujours le gâcher. Et il faut cependant accepter ça : gâcher le ratage c’est revenir vers un autre livre, vers un autre possible de ce même livre. »
p.29

Je pourrais vous en citer encore mille, et mille…
Lisez-le, et si vous en doutez, pensez à la page 51, et 52, et 53.
Faites-moi confiance ;))

 

/ Ajoutez votre commentaire ici

  1. Tiens tiens tiens tu m’intrigue énormément, je n’ai jamais lu Duras mais qu’est-ce qu’elle m’attire ! Je trouve très beau d’écrire sur l’acte d’écriture, c’est une façon de se raconter autrement, par un autre biais, mais c’est toujours se raconter, soi, sa personnalité à travers sa façon de voir l’écriture et sa façon de le vivre…

    1. Je suis, bien évidemment, d’accord avec toi. C’est d’ailleurs pou cela que j’ai commencé son oeuvre avec l’acte d’écriture. Et comme tu le précises, d’une certaine façon, elle se raconte. C’est son rapport à l’écriture. Le lieu où elle écrit, sa solitude, ses pages. Même si, certaines lignes parlent forcément ou on un écho certain à tout écrivain, il y a un certain angle qui lui est propre. Bref, je ne peux que te le conseiller, tu t’en doutes.

  2. « Ecrire » est un très beau texte. Je suis d’accord avec toi concernant l’honnêteté de l’auteure. On la retrouve aussi dans ses romans, que j’ai beaucoup lus à une certaine époque. Mon préféré est « Les petits chevaux de Tarquinia », mais il y en a tant d’autres… et je trouve que « L’amant » est loin d’être le meilleur. En tout cas, je te recommande vivement de découvrir ses romans et j’espère qu’ils te plairont autant que « Ecrire » !

      1. Je l’ai lu et je l’ai erkfejeso d’amour.
        Le style est très particulier mais on rentre assez facilement dans l’histoire. C’est très bien écrit. Et assez court.
        Je te conseille de le lire. 🙂

  3. ça ne va pas du tout ! ni prévenu sur ma boite de réception (newsletter), ni sur IG …. comment ai-je pu louper ce billet et la photo sublime qui l’accompagne ? bon là tu me donnes sacrément envie avec ce texte ! merci !!

  4. Je l’ai reçu à mon anniversaire. Une amie me l’a offert en pensant sans doute que cela ferait écho à certaines de mes habitudes et passions. Je verrai bien car je ne l’ai pas encore lu. Mais, au vu de ta chronique, je pense que cela a des chances de me plaire !

Laisser un commentaire