Agora, quoi?

« Ma douleur, Donne la main ; viens par ici »
Charles Baudelaire

___Ce texte est, à quelques différences près, le même que l’article du 9 juin.
___L’idée de ce blog était, à la base, celle de parler d’agoraphobie et d’écrits – puisque vous n’êtes pas sans le savoir, je gribouille –  nous sommes nombreux dans ce cas là – et l’idée de la souffrance dans l’art m’intéresse beaucoup (mais là, c’est un autre sujet, évitons nous éparpiller s’il vous plait !.)
__L’idée était bien joli joli sauf que – je ne vais pas vous mentir – ça me prenait le chou d’en parler, de l’aborder, ou même de l’écrire, puisque quelques mois auparavant, je venais de terminer un essai sur le sujet. Du coup, cet espace « littéraire » naquit. Voilà voilà.

L’agoraphobie, qu’est-ce c’est?

_Étymologiquement parlant, l’agoraphobie vient d’ agorá – en grec ancien – qui signifie « la place publique » ou « l’assemblée », et de phóbos, toujours en grec ancien, « peur ». Bien souvent l’agoraphobie est définie par la peur incontrôlable des lieux publics, des espaces ouverts, et par conséquent, de la foule. Oui, il s’agit bien de cela, mais pas seulement. Pour moi, elle décrit la peur général du vide; le vide, oui, mais quelles que soient les circonstances. Sorte de mélange acide d’acrophobie (peur du vide et des hauteurs), avec celle de la claustrophobie (peur des espaces confinés). On a tendance, certes, à la réduire à la peur de la foule, mais c’est moins évident que cela. En effet, la plupart des agoraphobes n’ont pas peur « de la foule », mais d’être « dans en foule ». Sachant que paradoxalement, certains agoraphobes sont aussi effrayés par les endroits « vides »; sans la moindre présence humaine. Certains. Il y a autant d’agoraphobies qu’il y a d’agoraphobes. Les nuances sont – seront importants, et la complexité inévitable. Vous le saurez.

___Pendant longtemps, il y a eu un débat sur l’autonomie de l’agoraphobie : vulgairement il y en aurait deux formes, une isolée, et une associée à des attaques panique. Je ne parle que de la seconde, puisqu’elle me concerne. Elle toucherait en moyenne les personnes âgées entre 35 et 45 ans – voilà un domaine où j’excelle dans l’art de l’exception – et on suppose que les hommes seraient moins téméraires pour en parler, donc plus réticents à demander une quelconque aide. Voilà pour le côté « Ohé, je sors ma science des chiffres ».

___L‘attaque de panique ou la crise d’angoisse apparaît suite à une situation redoutée – consciente (dans le sens où un nom est mis sur la pathologie) ou non. Différente à chacun, parce qu’en effet, comme vous vous en doutez, les symptômes varient suivant les sujets – il y a de tout pour tout le monde : nausées, vertiges, impression d’avoir un poids sur les épaules, penser mourir, croire qu’on va tomber dans les pommes, tête qui tourne, cœur qui tremble, ne plus pouvoir/savoir respirer, mal au bras, picotements, engourdissement, bouffées de chaleur, transpiration, sentiment de vide intérieur, d’instabilité, j’en passe et des pires… Il arrive qu’une crise ait peu de symptômes, alors qu’une autre, plus forte, va les accumuler. Sachant que lorsque je dis peu, le cocktail minimum est de quatre.

___Pour que les situations soient moins abstraites voici celles qui sont les plus redoutées : être dans un supermarché, dans un magasin. Quitter son domicile, ou s’en éloigner. Être dans un immeuble à étage élevé. Prendre les transports en commun. Patienter dans une salle d’attente. Aller au cinéma – au théâtre. Conduire une voiture. Être dans un train – bateau. Aller au restaurant, traverser un pont, une rue, la foule. Sur cette liste de douze, et bien douze me concernent. Merveilleux !

La base est là.

___Une fois conscients de cette angoisse, de ces symptômes, les choses prennent une tournure différente. En effet, nous entrons – et ce de manière tout à fait logique – dans une phase dite « d’appréhension » ou « d’anticipation », savoir pertinemment que si nous devons faire face à l’un de ces événements, l’enfer recommencera et vient le combat entre le corps et l’esprit. Ce qui est, à mon sens, le plus difficile à contrôler. Je vous donne un exemple : je devais aller faire les courses avec ma mère dans un supermarché – une banalité, sauf que cet endroit et juste LE lieu ; je déteste sa lumière, je déteste l’accumulation : gens qui parlent, musique trop forte – et ceux qui déambulent dans tous les sens. D’avance, j’ai de grosses grosses réticences, donc le travail sur moi même commence. Un débat intérieur, entre mon Moi rassurant, et mon Moi qui panique. ___Ce sera à celui qui gagnera.
___Alors certains jours tu réussis à canaliser et à gérer l’instant; tant bien que mal, plus mal que bien. Et d’autres, tu vas mettre un pied dans un de ces lieux effrayants pour ressortir la seconde d’après, incapable d’y faire face. Il y a des jours où ça se passe mieux, des jours où ça se passe moins bien. On le sait. Mais à force de contrôle loupés, et d’échecs épuisants. Du niveau un, nous glissons au niveau deux. Tranquillement. Instinctivement. Parce qu’à mes yeux, il existe dans l’agoraphobie quatre différents niveaux :

Le premier : et plus faible : je ne suis pas à l’aise, c’est bizarre, mais je fais tout par moi-même.
Le second : je ne me sens pas bien, je fuis certaines situations mais j’arrive à faire face à d’autres.
Le troisième : je ne me sens pas bien du tout, je fuis quasiment toutes les situations et suis incapable de faire quoi que ce soit seule, et si je décide de le faire, c’est la catastrophe.
Le quatrième : le plus fort : je ne sors plus du tout de chez moi.

___Oui, il y a des jours où ça se passe bien, des jours ou ça se passe très mal. Avec le temps, les échecs et l’appréhension, vient le moment de choisir une autre option. Une petite carte Joker. L’option « sauve-toi ma grande » ; la fuite !

Si vous avez lu jusque là, félicitations !

L’agoraphobie et moi

___Je ne vais pas raconter mon histoire davantage, sur le pourquoi du comment, ce n’est pas l’endroit, mais toujours est-il qu’elle est entrée dans ma vie en 2005, il y a donc dix ans, en pleine adolescence. Que forcément, lors de ces dix années, je suis passée par des stades bien différents, que ça a joué sur d’innombrable aspects de ma vie – professionnelle, sociale, ou même amoureuse – puisque c’est à cet âge là qu’on se construit – même s’il y a toujours des répercussions aujourd’hui. Qu’il m’a fallu essayer maintes et maintes choses pour la gérer, la contrôler, la maîtriser, toussa toussa. Et surtout, le fait de ne l’assumer que depuis très peu de temps. Toujours une histoire d’ego et de pudeur, je crois. Mais, ce qu’il faut en retenir, c’est qu’on a de nombreux moyens pour s’en sortir, même s’il y a des jours où l’on y croit pas, des jours où l’on y croit plus, et que pour moi – et je dis bien Pour Moi ; l’Art, et la culture, ont été primordiaux. Qu’en effet, la musique et les livres ont joué un immense rôle. Ce qui, au passage, explique l’existence de ce blog.
__Tout ça pour ça mon petit?

___Alors d’une certaine manière j’en ai fait mon combat. J’en fais mon combat parce qu’aujourd’hui je vis « bien » ou « mieux ». Parce que j’essaie tant bien que mal d’ouvrir les yeux des autres face à elle ; d’en parler. De l’aborder. À mon échelle, bien sûr. Sans être experte en la matière : je ne suis pas psy, et n’ai pas fait d’études là dessus, mais juste de par mon expérience, et mon vécu. Que ce soit à travers cet essai au fond de mon tiroir, mes écrits, ou même la peinture.

Et si je devais avoir les moyens ne serait-ce que d’aider une seule personne sur cette planète, j’aurais tout réussi !

L’agoraphobie, l’inspiration.

Comme Vian l’a dit avant moi : « je ne voudrais pas crever ».

Je ne voudrais pas tomber, Non monsieur non madame, avant d’avoir vécu trois mois à Amsterdam, et parler couramment l’anglais. Visiter maints et maints marchés de Noël, frôler les pavés de l’Écosse, de Bruges et d’Angoulême. Je ne voudrais pas tomber avant d’avoir mis un pied sur scène, juste pour essayer, ou écrire une chanson, voire un texte de qualité. Je ne voudrais pas tomber sans avoir réussi, ne serait-ce qu’une fois, d’arrêter de fumer. Je ne voudrais pas tomber sans avoir lu la fierté dans ses yeux ; leurs pardonner, ou même qu’ils me fassent leurs aveux – on peut toujours rêver. Je ne voudrais pas tomber sans avoir essayé ces trains, ces avions, ces bateaux, ces espoirs de lendemain, ces sourires, ces océans, et tes mots. Je ne veux pas tomber pour l’important et ces futilités. Puisque je ne veux pas mourir avant de l’avoir croisé, rencontré, l’Amour puis l’Éternité. Puisque je ne veux pas mourir avant que le hasard nous ramène sur ces quais de gare, ces yeux, puis nos regards. La passion, les ébats, la fusion, entre toi et moi. Puisque je ne veux pas mourir avant d’avoir porté cette robe et tes sentiments. Ce nous et ces instants, ces bagues et nos Horizons. Puisque j’y crois, parce que je ne veux pas mourir. Parce que sans toi, c’est impossible à vivre.

De prose en poésie. Je ne voudrais pas mourir avant d’avoir vécu, comme Vian l’a pu dire auparavant : «  Je ne voudrais pas crever, Non monsieur non madame, avant d’avoir tâté le goût qui me tourmente. » et surtout, de ne pas vivre cet idéal qui me hante.

Si par hasard vous êtes Ago, ou un proche, n’hésitez pas à aller sur ce site, il est super !