1984 ; George Orwell

G.Orwell_______________________________

Nineteen Eighty-four

 George Orwell

Folio

Roman

391 pages

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« Big Brother vous regarde « 


« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importances. Seule comptait la Police de la Pensée. » 

Mon avis

Nous avons tous entendu lors d’un repas de famille ou dans une soirée entre amis un : « Attention Big Brother te regarde! » Mais derrière cette citation, que se cache t-il? La réponse se trouve dans 1984 – et quelques infos dans cette chronique (l’art du teasing). Ce roman faisait partie de mes classiques à lire. Chose faite.

George Orwell construit son histoire en trois parties. La première sert à décrire le monde qui nous entoure. Monde divisé en trois blocs : l’Océania (où se déroule l’histoire), l’Eurasia, et l’Estasia. Ces trois puissances sont sans cesse en guerre, et toutes dirigées par des régimes totalitaires. Ces premières pages servent à nous expliquer ce Londres, comment il fonctionne, les principes de la langue (le novlangue), de comment il se compose, de ce qu’il est permis de faire, ou surtout de Ne Pas Faire. Sans oublier, de nous présenter notre personnage principal : Winston Smith, un quadragénaire.

« La guerre c’est la paix
La liberté c’est l’esclavage

L’ignorance c’est la force »
p14

À travers le quotidien de Winston, où tout n’est que surveillance, contrôle d’émotions, et de pensées, nous vivons avec lui, avec ces télécrans, dans cette Océania, où Big Brother règne, et où le Parti contrôle tout. Et, quand  je dis tout, c’est TOUT… y compris le passé : « Tout se perdait dans le brouillard. Le passé était raturé, la rature oubliée et le mensonge devenait réalité ».

« C’était seulement lorsqu’il avait commencé à être capable de formuler ses idées qu’il avait fait le pas décisif. Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même. Il écrivit :
Le crime de penser n’entraine pas la mort. Le crime de penser est la mort.
Maintenant qu’il s’était reconnu comme mort, il devenait important de rester vivant aussi longtemps que possible. »
p43

Croyez-moi, cette chronique est compliquée à écrire. Tout part dans tous les sens. J’aimerais en dire suffisamment pour vous donner envie de le lire, mais en même temps, j’aimerais me taire pour que vous le découvriez de A à Z, en le lisant – comme ce fut le cas pour moi. J’avais peur que cette lecture – par son statut de classique – soit « inaccessible », mais finalement ce n’est pas le cas; il se lit très bien, et une fois lancé on ne s’arrête plus – sauf pour respirer, bien sûr. Alors, si comme moi, la « Grande littérature » vous fait parfois peur, avec celui-ci, n’ayez aucune appréhension, il est accessible – d’une certaine manière.
Venons-en aux faits. L’auteur nous décrit, narre, et montre, ce monde à travers les yeux de Winston. On le suit où qu’il aille – physiquement (au travail, en « ballade »…), ou à travers ses pensées; ses souvenirs – son manque de souvenirs, ses réflexions, ses questionnements, et son manque de réponses : « Je comprends comment. Je ne comprends pas pourquoi ». Les choses se font petit à petit, et c’est vrai que j’ai été happée par le monde dystopique de George Orwell ; lisant ses très longues descriptions avec concentration pour bien tout comprendre, et tout gérer. Big Brother contrôle tout, observe tout, donnant de la lourdeur, de la noirceur, et une perpétuelle ambiance glaciale au livre… mais, heureusement, de par les sentiments et les réflexions de Winston le roman gagne en chaleur. Suffisamment pour faire naître des espoirs chez le lecteur.
La deuxième partie, quant à elle, est essentiellement basée sur sa rencontre avec Julia, mais aussi sur Goldstein. Je me suis souvent posée la question : est-ce que ce Goldstein existe, ou, est-il lui aussi une création du Parti? Oui? Non? Qu’en est-il? **D’ailleurs, il n’est pas le seul… avant lui, Je (et On, Winston aussi) me suis demandée si Big Brother, lui-même, était bien réel. Qu’importe dans le fond, puisqu’il est présent partout -sur les télécrans, les murs de la ville…. Puis, nous ne le saurons jamais.
Les pages défilent les unes après les autres, sans savoir jusqu’où cette histoire peut aller, s’imaginant divers scénarios, encore et encore… Jusqu’au moment, où, sans s’y attendre – mais alors sans m’y attendre du tout, l’auteur fait un retournement de situation !
* Déduction – spoiler possible * Rien ne se passe et rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé – ou espéré même. J’en ai sursauté, et reposé le livre, me disant que non, ça n’allait quand même pas se passer ainsi !! Et bien si…
La troisième partie n’est synonyme que d’étouffante, effrayante, et suffocante. On se rend compte de la force de Big Brother, et du Pouvoir, tout court. On est écrasé, dominé, essoufflé. Même en tant que lecteur on se sent d’une infinie impuissance. * Fin de déduction – spoiler possible.
1984, est un roman de science-fiction, qui met très bien en scène la manipulation à travers toutes ses formes. Un monde totalitaire où seul le pouvoir compte. Ou liberté et même la pitié n’existent pas. Tout frôle la torture. Cette liberté de pensée est impossible, inaccessible, inconcevable. L’être humain n’est réduit qu’à un certain conditionnement, et s’il ose sortir de cette « ligne » là, de se « révolter » même en dormant, il n’en sortira pas vivant… puisque Big Brother sait, et regarde tout. 

« Les noms mêmes des quatre ministères qui nous dirigent font ressortir une sorte d’impudence dans le renversement délibéré des faits. Le ministère de la Paix s’occupe de la guerre, celui de la Vérité, des mensonges, celui de l’Amour, de la torture, celui de l’Abondance, de la famine. Ces contradictions ne sont pas accidentelles, elles ne résultent pas non plus d’une hypocrisie ordinaire, elles sont des exercices délibérés de doublepensée. »
p287


George Orwell signe un roman glacial. Deux jours après cette lecture, j’y pense encore… J’aurais aimé que tout se passe autrement… mais dans le fond, pour ce qu’il dénonce, il ne pouvait être autrement.
De par son sujet, donc, et ses réflexions ;  il est presque nécessaire qu’il soit lu. Je ne peux que vous conseiller cette lecture. Vraiment! En espérant ne pas en avoir trop dit. Ni pas assez. 


18/20

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  1. C’est vrai que c’est un classique qui est loin d’être inaccessible ! Au contraire, il se lit vraiment très bien. Tout comme toi, j’avais adoré ce roman que j’ai lu il y a quelques temps déjà. Si ce n’est pas déjà lu, je te conseille Le meilleur des mondes et Farenheit 451 🙂

  2. C’est mon Prof de français qui me l’a fait découvrir, j’avais 15 ans (… sourire du temps passé), je l’ai fait lire à mon fils qui a maintenant 18 ans, c’était ainsi l’occasion d’échanger sur tous les thèmes forts effleurés ou plus dans ce livre. Bonne présentation !

    1. Je suis contente de savoir que ma présentation est « bonne ». C’est assez compliqué d’en dire trop, ni pas assez.
      Quoi qu’il en soit, je partage totalement le commentaire, il doit être lu. Et c’est aussi un plaisir de voir qu’il est un bon moyen pour dialoguer, et d’échanger, sur des sujets qui sont importants.
      Merci d’être passée 🙂

      1. Le dosage… pour éveiller la curiosité et ne pas la tarir 😀 Ca m’a fait plaisir de retrouver un sujet sur livre qui m’avait déjà marqué à l’époque. Merci pour ce partage.

  3. Whoua tu me rassures ! Il est dans ma PAL, depuis que j’ai lu à la Fac pour les cours, Le meilleur des mondes et Sauvagerie, deux dystopies  »adultes ». Je n’ai jamais trouvé le courage de le sortir, son fameux statut de  »classique » me freine, mais ce que tu en dis évoque vraiment une lecture forte, qui me donne envie. Merci ! =)

    1. Et bien, d’après moi (et Carnet Parisien), tu peux le sortir sans peur. Il est totalement accessible, et tu auras une lecture forte. Tu verras, tu ne le lâchera pas. J’en suis certaine.
      On en reparlera, donc 😉

  4. Il fait partie de ces classiques que je n’ai pas ( encore ) lus, notamment parce que, comme toi, j’ai peur de ne pas adhérer et de rester en marge du récit. Et puis j’en ai tellement entendu parler ici et là que je suis en quelques sortes saturée d’avance…

    1. Je comprends totalement, néanmoins, j’ai envie de te pousser à le lire – enfin quand tu te sentiras plus distancée vis à vis des nos avis (ça fait beaucoup de « vis » dans une phrase). Parce que vraiment, il mérite sa chance. 🙂

    1. Aha ! Y’a aucune raison d’avoir honte 😀 Enfin, surtout pas avec moi! Mais oui, tu devrais le lire, je suis certaine (ou presque) que tu te diras « bah m**de, j’aurais dû le lire avant… »

    1. N’est- ce pas? C’est pour ça que je le dis plusieurs fois dans la chronique, parce que parfois on se fait des idées sur des livres, et ils sont accessibles.
      Je te souhaite une (re)jolie lecture, si tu le fais 😀

  5. 1984 fait partie des classiques dont j’adore parler car le fond est très intéressant et pourtant, à la lecture, je ne l’ai pas plus apprécier que cela. ( Comme pour Madame Bovary ou Le Grand Meaulnes ) Je ne l’ai pas vraiment considéré comme un roman, mais comme une  »leçon », en gros un apologue, et il me manquait quelque chose. C’est comme si que j’étais  »en dehors » . Mais je suis motivée à le relire, en même temps que Fanrenheit 451, Le Meilleur des Mondes et Utopia de Thomas More ( le pionier ). Ca me permettra d’avoir une vision assez large de ce genre.

    En tout cas la découverte de ce monde contre-utopique ( ou dystopique ) est très enrichissante tout comme décrypter tous les messages cachés sur le régime totalitaire allemand. Cela nous fait réfléchir sur plein de choses, comme la novlangue ou les télécrans, . Orwell était révolté par le nazisme et l’URSS, et derrière ses deux apologues ( 1984 et La ferme des Animaux) on voit une dénonciation des régimes soviétique et allemand. D’ailleurs, le parti nazi se faisait appelé le Parti tout court. Pareil pour les espèces d’associations que les jeunes doivent intégrer : embrigadement et compagnie. Ca fait peur !

    J’ai lu ta chronique hier soir, (mais je déteste commenter sur tablette ), en tout cas ça m’a fait plaisir de lire de la lire . Je la trouve très bien construite et excellemment écrite ( comme d’habitude d’ailleurs !)

    1. Quel commentaire très bien construit! C’est toujours un plaisir de te lire!
      Pour ma part, c’est vrai que je ne me suis pas sentie « en dehors », néanmoins, oui, tout est très « analysé », ou « chirurgical » dans la manière d’écrire, ce qui peut donner cette sensation là. (toutes les descriptions, les explications…)
      Quoi qu’il en soit, c’est bien que tu rappelles tout ce que ce texte exprime, ou dénonce. C’est vrai que je ne l’ai pas fait dans la chronique, et j’aurais pu ou dû le faire, je ne sais pas, même si j’ai pris l’option d’en dire le moins possible, et ce, malgré qu’on en ai tous plus ou moins écouté parler.

      Tu n’es pas la première à me citer ces autres livres, je vais vraiment devoir les lire ( Fanrenheit 451, Le Meilleur des Mondes ..) , promis !!

      Merci d’être passée 🙂

  6. Comment ne l’ai-je pas vu ? Je suis avertie pourtant de tes nouveaux billets ! Bon, j’avais étudié ce roman il a fort longtemps, au collège et j’en garde peu de souvenirs (il est dans ma PàL) par contre j’étais tombée raide dingue de La ferme des animaux puis j’ai écouté le podcast de Guillaume Gallienne qui prend la voix de Winston .. et la magie a opéré mais je ne l’ai pas relu et toi qui viens en parler à nouveau !
    Comme dans ma dernière lecture, où un orphelin allemand intègre une école (jeunesse hitlérienne), j’ai frissonné en voyant le lavage de cerveau opéré sur toute une génération !

    1. Alors là, je ne sais pas… En tout cas, ce commentaire me sera fort utile, parce que je ne savais pas que Guillaume Gallienne avait pris la voix de Winston, et je suis curieuse ! Je vais faire mes recherches (à moins que tu m’envoies le lien du podcast?). Je crois, en tout cas, qu’il s’agit d’un signe… tu ne l’entends pas : « Electra, il est temps de me relire !!!! » 😀
      Si tu es tombée raide dingue de La ferme des animaux, je le mets dans ma WL de suite. 🙂
      Allez, je file lire ton nouvel article.

  7. Je pense que tu peux retrouver le podcast – moi je ne l’ai plus malheureusement – mais en fait il lit des extraits et ce podcast était un de ses meilleurs 😉 Oui, manque de sommeil !

  8. J’ai toujours pensé que cette lecture n’était pas pour moi (je suis restée sur une fausse idée en me disant que le livre devait être dur à lire). Grâce à toi, le mal est réparé et j’ai même envie de me lancer 🙂 Je ne suis pas forcément très SF, mais le côté réflexions et le fait que ce soit un classique m’intriguent beaucoup.

    1. Je ne l’ai pas lu Farenheit 451, mais comme vous êtes plusieurs à m’en parler, je l’ai mis dans ma WL. La lecture devrait se faire sous peu.
      Je vais aller lire ta chronique, parce que je ne connais pas.
      Merci 🙂

  9. 1984 est un grand roman, que j’avais lu pendant mon adolescence, et dont j’ai gardé un très fort souvenir, même trente ans après.
    Je vous conseille aussi la Ferme des animaux, un autre très bon roman sur le totalitarisme, et que vous trouverez sans doute moins « glacial » que 1984 …

  10. J’avais beaucoup aimé cette lecture que j’ai mis du temps à découvrir mais que je n’ai pas regretté! (Au contraire, j’ai regretté d’avoir attendu si longtemps avant de me lancer!) Assez dérangeant, effrayant… et toujours très actuel je trouve. Une lecture extrêmement intéressante.

    1. Je suis comme toi, j’ai mis du temps à le lire alors que d’autres l’ont lu à l’adolescence…. et je ne regrette pas une seule seconde.
      Ton commentaire est parfait, il résume très bien ce qu’il y a à dire. 🙂

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