La nuit des trente ; Éric Metzger

1_______________________________

LA NUIT DES TRENTE

Éric Metzger

L’Arpenteur

Gallimard

Roman

108 pages

_______________________________

« C‘est l’histoire d’un garçon, Félix, qui décide de passer une nuit de vagabondage dans Paris pour fêter ses trente ans. Un garçon qui découvre soudain qu’il est devenu adulte sans s’en rendre compte. Parce que, avec la fin de la vingtaine, c’est une forme de légèreté qui est sur le point de disparaître et peut-être aussi quelque chose de plus essentiel. Mais quoi? Pendant cette nuit pleine d’incertitudes, de coïncidences et d’imprévu, le nouveau trentenaire découvre qu’il ne mène pas forcément la vie qu’il espérait mener, et sa rencontre avec Louise, une jolie jeune femme qui disparaît aussi vite qu’elle est apparue, ne fait que raviver des souvenirs enfouis depuis des années.
Où le conduira ce vagabondage nocturne? Parviendra-t-il à retrouver Louise? En tout cas, Félix n’aurait jamais imaginé que cette nuit l’emmène aussi loin… »

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Mon avis

Dans ce livre, nous faisons la connaissance de Félix, parisien. Dans ce roman, il fête ses trente ans, et on s’attarde uniquement sur cette nuit-là. Ivre de mélancolie et d’alcool, il vagabondera au rythme des rencontres et des rues.

Il était à peu près deux heures du matin quand j’ai refermé le livre. La nuit et le silence étaient alors Roi et Reine ; il ne me restait que ces pages pour m’accompagner. Ce roman n’a l’air de rien là comme ça ; un premier roman, un petit livre, et un personnage qui vit mal ses trente-ans; un peu bobo, un peu énervant aussi. Je l’ai lu vite, évidemment. Une fois refermé, il ne me restait qu’un : « mouais, je ne sais pas ». C’était sans compter les minutes dans le noir qui défilaient, et les pensées qui, doucement, m’inondaient (oula, où vais-je…). Très rapidement, je me suis rendue compte que ce petit roman est bien plus que ce qu’il n’y parait ; toutes ces pensées, ces mots, et ce parcours – que l’auteur nous conte, ne m’ont finalement pas laissé de marbre. Pourquoi? Parce que je crois que le thème du livre sonne assez juste, en fait.

« Trente ans. Il a vérifié durant la journée sur Internet. À trente ans, Balzac publiait la Physiologie du mariage et Les chouans. Le début du succès. À trente ans, Stendhal sortait de la campagne de Russie, fatiguée et sans passions. À trente ans, Tolstoï publiait Albert. À trente ans, Fitzgerald venait tout juste de publier Gatsby et débarquait à Hollywood. Et toi, à trente ans, qu’as-tu fait petit crétin? »
p10

Félix peut être vous, moi, n’importe qui. Se demandant comment on en est arrivés là, avec ce besoin de compenser pour s’oublier et oublier. Dans l’alcool, dans les livres, dans les soirées. À chacun son remède. Oublier un passé, un parcours, un fantôme. Tous un peu hantés. Hanté par qui et par quoi? C’est changeant. Et c’est là, tout le parcours du personnage. Ce temps qui passe, la lâcheté possible, les choses qu’on aurait dû faire, et qu’on n’a pas faite. Les choix qu’on a fait ou qu’on s’est laissé imposer, par le silence ou par la vie. L’auteur écrit sans chichi; des phrases courtes, concises, efficaces. Son personnage est travaillé, dans le sens où on perçoit une majeure partie des facettes de sa personnalité ; parfois drôle, parfois touchant, parfois énervant. Tout ce qui fait ce que nous sommes. Il narre un changement inévitable, mais pas toujours choisi, et une maturité qu’on acquiert quoi qu’il arrive. On grandit, on vieillit, on s’en rend compte et on ne peut rien y faire. L’évolution est bel et bien là. Le temps passe.

« Dans les rues, dans les bars, les boites de nuit, partout. Il la cherchait. Une blondeur, un regard, et aussitôt, son coeur bondissait. Mais non, pas elle. Alors il buvait, chevauchées à travers Paris, les ponts, la nuit, les lumières. Il l’espérait, sachant pertinemment qu’elle n’était pas là […] Mais ça ne l’empêchait pas de continuer sa quête. Et dans d’autres bras, sur d’autres lèvres, il s’oubliait. »
p.82

Cette histoire est autant synonyme de nostalgie que de (La) vie. Éric Metzger a très bien réussi son pari – malgré quelques répétitions -, l’histoire de Félix nous hante parce qu’il réussit brillamment à nous exposer face à ce qui fait nos propres histoires, en nous laissant la possibilité d’imaginer ce que pourrait être notre soirée des trente ans, ou de mes vingt-sept (cette phrase est bizarre, puis très très longue). Vagabondant dans les rues de notre propre ville, à la quête de notre propre fantôme, et surtout face à la vie qu’on a fait nôtre (cette phrase est vraiment très très longue).
Ou simplement regarder l’Autre, se demandant, si lui ou elle n’est pas hanté(e). Ou, encore, si parfois il/elle ne pense à nous (enfin tout ceci n’est que mon interprétation).

Vous l’aurez compris, cette chronique part dans tous les sens. Ce livre a été une très jolie lecture, il faut juste laisser faire à la littérature son travail. Il y a tous les ingrédients que j’aime y* trouver généralement. Sans oublier une fin surprenante – c’est aussi là qu’on aperçoit la naissance d’un écrivain. Oubliez mes blabla inutiles, et allez le lire – au risque de me contredire (vive les rimes en -ir)

17/20

il est tard quand je termine cette chronique, mes origines auvergnates et notre tendance à mettre des « y » partout ne m’aident pas à la construction de cette phrase… Bien placé ou en trop, je ne sais plus. Mais j’ai une bonne excuse – ou presque.  

 ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Instantané, et quasi hors-sujet.

DSC_0009

 Printemps des Poètes .

/ Ajoutez votre commentaire ici

  1. Jolie critique… J’ai eu un de ces coup de blues moi quand j’ai fêté mes 30 ans! La vingtaine c’est l’insouciance, la liberté, le possible… et on a bêtement l’impression qu’une fois passe ce cap tout s’arrête. Heureusement il n’en est rien! ^^

    1. (On recommence, j’ai merdé!) Je disais donc : Oui, je comprends tout à fait mais je crois qu’il est question d’idéal (même si je ne connais pas la cause de ton blues à ce moment là). Mes 26 ont été atroce. J’anticipe les 30, mais si mon pseudo idéal est réalisé, je le vivrai mieux.. je crois.

      1. Les 25 avaient été assez corsés aussi dans leur genre, peut-être parce que j’idéalise la jeunesse justement, et l’insouciance qui va avec.
        Finalement l’âge n’est qu’une donnée numérique, l’important c’est la façon dont on aborde la vie: certains sont vieux bien avant l’âge, d’autres ne seront jamais vraiment adultes ^^

        1. Exactement, même si ce n’est pas toujours évident d’enterrer un certain « planning » de vie.. quand on l’a loupé. aha.
          Après, comme tu l’as très bien dit, faut relativiser, l’âge ne signifie pas grand chose.. dans le fond !

  2. J’aime bien cet effet que tu décris : d’abord « bof » et puis, le temps passant, les particules se déposant peu à peu, reste quelque chose d’essentiel, de vrai… Je le note.

    1. Oui, c’est génial quand les livres nous font cet effet. Au moins, ils ne s’évaporent pas.

      Si tu le lis, j’irai voir ta chronique avec grand plaisir. En espérant que tu l’aimes autant que moi, bien sûr.

Laisser un commentaire